Bienvenue sur PAÏENS & FIERS

Soyez les bienvenus sur PAÏENS & FIERS qui, non content de se développer de manière non négligeable sur plusieurs réseaux sociaux (plu...

Affichage des articles dont le libellé est Hans Cany. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Hans Cany. Afficher tous les articles

vendredi 17 janvier 2025

Les Belgae, aux confins des mondes celtique et germanique

On a trop souvent tendance à l'ignorer, mais le petit royaume dit "de Belgique" actuel, qui n'est somme toute que de création relativement récente (1830), ne représente en fait que la moitié du territoire de la Belgique réelle.

La Belgique originelle, ou Gaule belgique, c'est en réalité tout l'espace compris entre la Seine et la Marne au sud, et le Rhin au nord-est. Elle est, à tous points de vue, un espace de transition entre les mondes celtique et germanique.

 

Ces deux cartes restituent fidèlement l'intégralité de cette Belgique originelle, et permet en outre d'y localiser l'implantation des différents peuples belges :



 La Gaule belgique 


(Précisions : sur la seconde carte ci-dessus, le "Belgium" est le nom de la province sud-ouest de la Belgique, correspondant en gros aux département de l'Oise et de la Somme de la Picardie actuelle. Au sud-est, le nom de "Germani" n'est pas à confondre avec la Germanie proprement dite située au-delà du Rhin : il désigne ici les Germains qui peuplaient alors cette portion du territoire belge.)


Il convient d'ajouter qu'en fonction des auteurs, l'étendue du territoire de la Gaule belgique peut varier, aisi qu'en témoigne la carte suivante, sur laquelle il apparait colorisé en orange : 





Germains celtisés et Celtes germanisés

 

Voyons à présent ce qu'écrit Jules César à propos des Belges dans ses fameux Commentaires sur la Guerre des Gaules :

 

"La plupart des Belges sont issus des Germains ; ils avaient autrefois passé le Rhin, et s'étaient fixés en ces lieux à cause de la fertilité du sol, après en avoir chassé les habitants gaulois."

 

En outre, il précise :

 

"Toute la Gaule est divisée en trois parties, dont l'une est habitée par les Belges, l'autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui, dans leur langue, se nomment Celtes, et dans la nôtre, Gaulois. Ces nations diffèrent entre elles par le langage, les institutions et les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. Les Belges sont les plus braves de tous ces peuples, parce qu'ils restent tout à fait étrangers à la politesse et à la civilisation de la province romaine, et que les marchands, allant rarement chez eux, ne leur portent point ce qui contribue à énerver le courage : d'ailleurs, voisins des Germains qui habitent au-delà du Rhin, ils sont continuellement en guerre avec eux."

 

Comme César l'avait bien noté, il est donc manifeste que la Belgique constitue une zone spécifique depuis la plus haute antiquité, dont l'identité ethno-culturelle est celto-germanique, donc ni totalement celtique ni totalement germanique, mais les deux à la fois. Les peuples belges étaient donc constitués de Germains celtisés et de Celtes germanisés, les deux composantes étant chez eux si étroitement imbriquées qu'il est souvent difficile de les distinguer l'une de l'autre... 

Les sources se rapportant spécifiquement à ces peuples germano-celtiques de la Gaule Belgique sont hélas assez rares. Néanmoins, il est tout à fait légitime de supposer chez eux un étroit syncrétisme non seulement sur les plans culturel, artistique, sociétal etc, mais aussi dans le domaine spirituel, où le Paganisme celtique s'est très certainement mêlé au Paganisme germanique, donnant ainsi naissance à une Tradition religieuse spécifique. Nous avons donc là un exemple tout à fait exceptionnel de symbiose entre germanité et celticité.

Il est ici nécessaire de faire justice une bonne fois pour toutes d'un mythe négationniste entretenu et colporté depuis trop longtemps par les Etats modernes français et surtout belge, consistant à réduire l'histoire de la Belgique ancienne - et donc des Belgae - uniquement à "la Gaule" et à sa nature exclusivement gauloise, puis "gallo-romaine", pour mieux marquer l'opposition voire l'antagonisme avec le monde germanique. Faisons donc ici profession de nous inscrire en faux contre de telles assertions qui, pour des motifs inavoués d'ordre idéologique, maintiennent le grand public dans l'ignorance en mentant sciemment par omission :  non, mille fois non, les Belgae (peuples de la Gaule belgique, comprise entre Seine, Marne et Rhin) n'étaient pas juste "des Gaulois" parmi les autres. Ce n'étaient pas juste "des Celtes" indifférenciés, mais un ensemble de peuples aux particularismes affirmés, constituant un trait d'union entre mondes celtique et germanique. En témoignent notamment leurs spécificités linguistiques respectives. Pour ceux qui en douteraient, reproduisons donc ci-dessous cette liste, tirée de Wikipédia  :


Et ce, sans même évoquer les cas d'inter-influences culturelles (Germains celtisés et Celtes germanisés), lesquelles complexifient les choses.  

titre d'exemple, on évitera soigneusement d'évoquer le fait que les Éburons étaient de langue germanique, et donc qu'ils en étaient plus que probablement d'origine...

Ou encore que les Trévires - assimilés aux Belgae -, étaient certes réputés dans toutes les Gaules et même dans le monde romain pour la qualité de leurs chevaux, dans l'élevage desquels ils s'étaient fait une spécialité, mais on se gardera bien de rappeler que lesdits Trévires, tout celtisés qu'ils soient, étaient en réalité d'origine... germanique ! etc etc. Les exemples sont légion.  

Pourtant, les auteurs classiques soulignent bel et bien cette spécificité.

A titre d'exemple, citons enfin ce passage fort édifiant extrait du livre 28 de la Germanie de Tacite :

"Des tribus belgae [belges] telles que les Trévires et les Nerviens tirent tant de fierté de leurs ascendances germaniques qu'elles se ségrèguent par ce sang des peuples gaulois boiteux."

Les négationnistes de la germanité des Belgae auront donc beau tenter de tourner et de retourner le problème à leur convenance. Ne leur en déplaise, les faits sont indubitablement là, et trop d'éléments les attestent ! 

Un ensemble de peuples qui a profondément marqué la région

 

Au delà de l'image  fort sympathique  mais caricaturale -et souvent anachronique- qu'évoque dans l'esprit du grand public la fameuse bande dessinée "Astérix chez les Belges" , il faut bien se figurer que ces derniers représentent un ensemble de peuples fondateurs ayant marqué de façon indélébile l'ensemble des territoires qui constituent aujourd'hui tant le Royaume de Belgique que la France septentrionale,  du nord de la Seine jusqu'à l'ouest du Rhin. 

Parmi les peuples belges les plus marquants de l'actuel "nord de la France", Picardie et Nord-Pas de Calais, citons notamment, les Bellovaques, dont le nom a donné celui de Beauvais, leur ancien oppidum, les Ambiens (Amiens), les Suessions (Soissons), ou encore les Atrébates, qui ont donné leur nom à Arras (en flamand Atrecht), et qui sont même peut-être à l'origine du nom de l'Artois (à vérifier). Pour l'actuel Royaume de Belgique, on songera bien entendu aux célèbres Nerviens et Ménapiens, auxquels sont parfois identifiés respectivement, de façon quelque peu hâtive, les actuels Wallons et Flamands. Mais on pourrait tout aussi bien mentionner d'autres peuplades majeures telles que les Eburons, dont le territoire se situait dans l'actuelle province de Liège, ou encore les prestigieux Aduatuques, établis dans ce qui est aujourd'hui l'Ardenne.

Enfin, au niveau des grandes figures historiques signalons entre autres les chefs belges Ambiorix et  Catuvolcos (dont le nom signifie "Loup de Guerre"), tous deux co-rois deac Éburons, Commios, rois des Atrébates, ainsi que le chef bellovaque Correos (ou Correus dans sa forme latinisée, voire Korreos, véritable "Vercingétorix belge" qui a donné beaucoup de fil à retordre aux envahisseurs romains, en poursuivant une résistance acharnée après la défaite d'Alésia, à la tête d'une coalition de peuples belges. Ce Correos a particulièrement marqué César, qui y fait allusion à plusieurs reprises dans sa "Guerre des Gaules".



La mort de Corréus (Correos/Korreos),
gravure de D. Maillart, XIXème siècle


Monnaie belge antique :
Denier des Atrébates datant du Ier siècle avant l'ère chrétienne,
et frappé au nom de Commios.




Statue d'Ambiorix, co-roi des Éburons, à Tongres (Tongeren en flamand)



POUR ALLER PLUS LOIN


Cette brève présentation aura peut-être -du moins convient-il de l'espérer- su éveiller l'intérêt du lecteur ou de la lectrice pour les traces historiques, archéologiques, ethnologiques, linguistiques et toponymiques léguées par l'ensemble de ces peuples, qui ont tant contribué à forger un certain nombre de particularismes encore observables de nos jours, et qui ont ainsi grandement contribué à donner au Royaume de Belgique et à la France du nord et du nord-est une identité ethno-culturelle spécifique, tout à fait distincte du monde gaulois pris dans son ensemble.

 

Pour quelques précisions complémentaires, vous pourrez par exemple consulter la fiche Wikipedia relative aux anciens Belges :  

Voir aussi la liste des peuples de la Gaule Belgique :


Les livres et autres sources littéraires spécifiquement consacrés aux Belgae constituent hélas une denrée rare dans le contexte actuel, surtout lorsqu'il est question d'ouvrages de vulgarisation à destination du grand public.

Néanmoins, et de façon bien entendu non exhaustive, signalons entre autres le livre d'Eugène Warmenbol La Belgique gauloise : Mythes et archéologies, paru en 2010 aux Editions Racine, et qui traite plus spécifiquement des représentations symboliques de ce passé national, ainsi que de leur instrumentalisation par les autorités belges entre 1830 et la première moitié du XXème siècle, à travers les arts, l'architecture, les mythes fondateurs du pays etc. Ce livre illustre de façon détaillée la manière dont les autorités de cet Etat ont fait usage immodéré, dès 1830, d'une certaine propagande visant à tout prix à se démarquer du voisin germanique... 



Enfin, je ne saurais conclure cet article sans renvoyer le lecteur à Ces Belges les plus braves - Histoire de la Belgique gauloise, d'Ugo Janssens. Celui-ci retrace l'épopée passionnante de nos ancêtres Celtes (en général) et de la Gaule belgique (en particulier). Contrairement à trop d'autres auteurs et chercheurs belges comme français, Ugo Janssens a le bon goût de ne pas passer la spécificité celto-germanique (ou germanico-celte) des Belgae sous silence, mais bien au contraire de la souligner. Une lecture très vivement recommandée, donc.




Présentation par l'éditeur :

" Best-seller dans son édition originale, cet ouvrage raconte l'épopée de ces Belges appelés par Jules César "les plus braves de tous les peuples de la Gaule". L'auteur suit l'itinéraire de leurs ancêtres celtes, depuis l'Asie centrale jusqu'aux rives de la mer du Nord et de la Manche. Il relate comment les Belges pénétrèrent jusqu'au sud de l'Angleterre, où ils fondèrent Londres, comment ils abordèrent les côtes occidentales de l'Irlande et prirent possession de la région qui s'étend entre le Rhin et la Seine. L'ouvrage passe au crible la version de "la guerre des Gaules" par César et en rétablit la vérité historique. Il décrit la vie quotidienne des Éburons, des Nerviens, des Ménapiens, des Ambiens, des Morins et d'autres peuplades moins connues, comme les Suessions, les Condruzes et les Aduatiques. Ce faisant, il met en lumière les découvertes celtiques que sont entre autres le char, le fût en bois, les carreaux écossais, les cosmétiques et le savon; il se penche sur la mythologie et les dieux qui peuplaient nos forêts, nos fagnes et notre littoral, s'attache à la condition et au monde de la femme où primait la beauté, et décrypte le rôle des druides et des druidesses.

Cet ouvrage aussi captivant qu'innovant n'aurait pu être écrit sans l'apport considérable de la recherche archéologique et historique la plus récente. "

Editions Racine, 2008, 256p



On pourra toutefois regretter que ces deux livres soient épuisés, et qu'ils ne figurent pas sur la page internet de l'éditeur, comme celui-ci avaient cherché à en gommer toute trace... (Auto)Censure ?. Quoi qu'il en soit, voilà qui est tout aussi étrange que regrettable. A quand de salutaires rééditions, qui permettraient enfin de redonner au public à des ouvrages exceptionnels - notamment à celui d'Ugo Janssens ? C'est, en tout cas, à souhaiter.

Hans CANY





mardi 30 juillet 2024

Pour un (néo)paganisme LIBRE

Vous croyez que je n'en ai qu'après les puériles illuminations des trois Religions du Désert ? Détrompez-vous. 

J'emmerde les sectes néodruidiques, les hiérarchies "sacerdotales" et autres "confréries initiatiques" à deux balles, les béni-oui-oui de toutes chapelles, les fous furieux intégristes, les excités fanatiques, les je-sais-tout dogmatiques, les crypto francs-macs, les irlandocentristes "universitaires" prétentieux, bornés et hautains, les wannabes "vikings" version Netflix, les "reconstructionnistes" façon Playmobil grandeur nature, les hystéro-féministes wiccanes à la sauce gaucho-wokiste états-unienne, les pseudo-"chamans" mais vrais escrocs ultra-vénaux, les syncrétistes farfelus, les occultistes frappadingues et autres zozotéristes new-ageux de tous poils. Et j'en oublie sûrement encore d'autres catégories dans le lot...

Je ne suis même pas un "sorcier" ou un "néo-païen" "de marge", comme se plaisent à s'auto-étiqueter certains. Ma seule velléité, c'est de cheminer spirituellement seul et de déterminer par moi-même ce qui m'apparait juste ou non, guidé en premier lieu par mes propres préceptes moraux, mes propres conceptions métaphysiques et mes propres intuitions. Tout simplement. 

Ce qu'ont pu croire ou faire de lointains aïeux, tout comme ce que peuvent croire ou faire d'autres cheminants contemporains ne peut m'intéresser qu'à titre documentaire, historique, archéologique ou en tant qu'éventuelles pistes de réflexion. Le reste, je n'en ai cure, car je ne m'en remettrai toujours qu'à mes propres vérités et conceptions intérieures. Ce qu'ont pu faire ou croire de lointains ancêtres peut tout aussi bien relever de conceptions justes que d'inepties voire d'usages anachroniques et éthiquement inacceptables. Aucun dogme figé ne me forcera donc à les singer, ni même à m'y conformer si je ne les juge pas conformes à mes propres valeurs ni à ma loi intérieure. Aucune "historicité" (soi-disant) attestée  ne me convaincra du bien-fondé de telle ou telle pratique ou de telle ou telle croyance anciennes. Je me réserve en toute modestie le soin d'en juger par moi-même, selon qu'elles m'apparaissent fondées, justifiées, obsolètes voire acceptables ou non. Une spiritualité certes ancienne, mais adaptée à des temps nouveaux : tel a toujours été mon propre credo.

Du reste, "mon" paganisme se veut avant tout cosmique, métaphysique, moral et intellectuel. Je n'interprète pas les mythes anciens sous forme de belles histoires à prendre à la lettre, préférant m'en remettre à un décryptage symboliste et  herméneutique desdits mythes, bien plus profond et riche d'enseignements selon moi. Après, libre à chacun de suivre la voie qui lui apparaîtra la plus pertinente, et surtout la plus appropriée à sa façon d'être comme à son mode de pensée. Loin de moi toute forme de prosélytisme, comme toute intention intention de convaincre quiconque de la justesse d'une démarche qui, somme toute, ne relève que de mes propres choix en la matière.

A mon sens, il existe presque autant  de conceptions du (néo)paganisme qu'il existe de (néo)païens libres et assumés, et je n'ai nulle prétention d'imposer la mienne comme étant plus "juste" ou plus "vraie" que d'autres. Tout comme, inversement, je dénie à quiconque le droit de chercher à m'imposer les siennes en lieu et place des miennes, au nom de je ne sais quelle "Vérité" plus ou moins fantasmée, idéalisée ou stéréotypée.

Hans CANY





lundi 31 juillet 2023

Les noms des jours de la semaine : un héritage païen

Avez-vous déjà noté les étonnantes similitudes et correspondances symboliques entre les noms que portent les jours de la semaine dans les différentes langues européennes ? Au-delà des évidentes parentés entre les langues de souche germanique (comme par exemple l'anglais et l'allemand), force est de constater, à quelques exceptions près, leurs remarquables concordances sur le plan symbolique, non seulement de par les noms des planètes auxquelles chaque jour fait référence, mais également et surtout de par les divinités et leurs attributions qui y sont associées.

Pour ne prendre qu'un exemple très simple, examinons de plus près les correspondances de ces noms entre trois langues européennes bien connues, le français, l'anglais, et l'allemand :


Français : Lundi ("Jour de la Lune")

Anglais : Monday ("Jour de la Lune")

Allemand : Montag ("Jour de la Lune")


Français : Mardi ("Jour de Mars", dieu de la guerre)

Anglais : Tuesday ("Jour de Tyr", dieu de la guerre)

Allemand : Dienstag ("jour de Thincsus", dieu de la guerre)


Français : Mercredi ("Jour de Mercure")

Anglais : Wednesday (Woden's Day, "Jour de Woden" => correspondance Mercure-Woden/Wodan/Wotan/Odhinn/Odin)

Allemand : Mittwoch ("Milieu de la semaine" => sans correspondance)


Français : Jeudi ("Jour de Jupiter", dieu de la foudre)

Anglais : Thursday ("Jour de Thor", dieu de la foudre)

Allemand : Donnerstag ("Jour de Donar/Thor", dieu de la foudre)


Français : Vendredi ("Jour de Venus", déesse de l'amour)

Anglais : Friday ("Jour de Freya", déesse de l'amour)

Allemand : Freitag ("Jour de Freya", déesse de l'amour)


Français : Samedi ("Jour de Saturne")

Anglais : Saturday ("Jour de Saturne")

Allemand : Samstag ("Jour de Saturne")


Français : Dimanche ("Dominus Dies", interprétation chrétienne tardive où le Dieu biblique remplace le Dieu Soleil)

Anglais : Sunday ("Jour du Soleil")

Allemand : Sonntag ("Jour du Soleil")


Loin d'être le fruit de coïncidences liées aux hasards de l'évolution linguistique, ce fait en apparence anodin ne l'est pas du tout, puisqu'il illustre non seulement la pérennité des symboles mythologiques païens jusqu'à l'époque actuelle , mais aussi et surtout les étroites affinités spirituelles et culturelles ayant persisté de tout temps entre les divers peuples apparentés par l'indo-européanité (quelles que soient les branches auxquelles se rattachent leurs langues respectives : germaniques, latines, celtiques, etc).

Hans CANY


Ci-dessous : Semainier gallo-romain de Trèves, Allemagne.
On y reconnait les divinités associées aux jours successifs de la semaine :Saturne (Samedi), Helios/Apollon/Sol (Dimanche), Luna/Diane (Lundi), Mars (Mardi), Mercure (Mercredi). Les petits trous situés sous chaque divinité servaient à planter des bâtonnets indicateurs.



dimanche 20 novembre 2022

Celtes d'Ukraine ?

"UKRAINE CELTIQUE" : NÉCESSAIRE MISE AU POINT

S'il semble historiquement attesté que certaines portions (a priori exiguës) de ce qui devint bien plus tard le territoire ukrainien ont jadis pu être terres celtes pendant un temps - ce que nul ne saurait contester sérieusement à la lumière des découvertes effectuées in situ , il importe toutefois de préciser que tel n'est plus du tout le cas depuis au moins quinze siècles voire plus, le substrat ethnique scythe, puis les superstrats successifs khazar, varègue et surtout slave y ayant balayé la moindre trace de celticité depuis belle lurette. La population actuelle de l'Ukraine n'a donc absolument aucun lien avec celle des temps celtiques, et il convient donc pour le moins de cesser de fantasmer à ce sujet. N'en déplaise à certains, l' "Ukraine celtique", appellation d'ailleurs anachronique (et donc très discutable) du fait que la notion même d'Ukraine n'existait tout simplement pas à l'époque de la présence des Celtes dans cette région, ne relève plus de nos jours que de l'histoire ancienne et de l'archéologie. En guise de conclusion, on retiendra donc qu'au-delà des exaltations partisanes de tous ordres, l'héritage "celtique" de l'Ukraine contemporaine reste somme toute à relativiser.

Hans Cany



samedi 19 mars 2022

Satios ou Alban Eilir, l'équinoxe de printemps

 


L'équinoxe de printemps est couramment désigné de deux façons dans la tradition druidique contemporaine :

. Satios, "les semailles", en langue celtique continentale ancienne

. Alban Eilir, "la lumière de la Terre", en langue galloise

Il ne doit pas être confondu avec la célébration germanique d'Ostara, autre fête printanière récupérée par l'Eglise chrétienne sous le nom de Pâques (=> allemand : Ostern, anglais : Easter etc), et dont la date est comme pour ces dernières fixée chaque année en fonction de la première pleine lune suivant l'équinoxe.

Hans Cany

lundi 24 janvier 2022

Velléda, héroïne celto-germanique de la résistance à l'invasion romaine

 La mythique prêtresse Velléda, dont l'existence historique est attestée, était-elle celte ou germanique ? Sans doute les deux à la fois, et à vrai dire cela n'importe guère, dans la mesure où elle est restée tant pour les descendants des Gaulois que pour ceux des anciens Germains un véritable symbole de la résistance à l'envahisseur latin.

Portant un nom gaulois signifiant "voyante", elle était de la nation des Bructères, peuple germanique établi sur le territoire de l'actuelle Westphalie. Son cas illustre bien la grande proximité qui pouvait exister à l'époque entre deux mondes ethnoculturels étroitement apparentés, à tel point qu'il n'est aujourd'hui encore pas toujours aisé de les distinguer clairement. 

A l'époque romantique, l'écrivain François-René de Chateaubriand s'inspira du personnage et en reprit le nom dans son épopée
Les Martyrs, déplaçant toutefois le contexte géographique et distordant quelque peu la réalité historique pour en faire l'une des druidesses de l'île de Sein...

Hans Cany


"Velléda, druidesse de l'île de Sein" [sic],
aquarelle gouachée sur trait de crayon datée de 1853,
par le peintre français Jules-Eugène Lenepveu (1819-1898)


mardi 21 décembre 2021

La Tour de Yule

 Que la Lumière renaisse !

La Tour de Jul (Yule) est un chandelier de Noël caractéristique de la tradition païenne germano-nordique. Réalisé en terre cuite, en argile ou en céramique, il comprend quatre faces ajourées ornées de coeurs, de roues solaires et de symboles runiques. Ont y fait se consumer deux bougies, l'une à son sommet, et l'autre à l'intérieur. Les origines de cet objet rituel remontent au Haut Moyen-Âge, et son usage était encore courant dans les campagnes allemandes et scandinaves du XIXème siècle.

Hans Cany




lundi 20 décembre 2021

Yule : Rituel des trois bougies

 


Dans certaines régions d'Europe de tradition germano-nordique, le réveillon de Yule/Noël débute par un rituel des trois bougies, de couleurs distinctes, qui doivent être successivement allumées soit par le père de famille, soit par l'enfant ainé de la maison. On commence par allumer une bougie rouge, qui représente l'esprit des ancêtres, des morts qui nous ont précédés sur cette terre. Ensuite, une bougie bleue - ou blanche - symbolisant les parents ou amis absents, qui pour une raison ou l'autre ne peuvent pas être présents lors du réveillon. Et enfin, une bougie verte qui symbolise les enfants à naître. Ces trois bougies sont souvent disposées sur un support de bois représentant une barque solaire, ou sur une bûche, elle-même liée à la symbolique lumineuse et emblématique de la fête.

Hans Cany

Un Père Noël... pas très catholique

 


La figure mythique du Père Noël, si chère à l'imaginaire enfantin, est en réalité issue d'un subtil mélange entre deux personnages mythologiques : le dieu germano-nordique Wotan/Odin, et le Saint Nicolas chrétien, lui-même constituant une figure pourvoyeuse d'origine païenne. Il y a d'ailleurs plus ou moins confusion ou assimilation, chez les Anglo-Saxons, entre Saint Nicolas et le Père Noël, ce dernier étant souvent désigné sous le nom de Santa Claus (littéralement… Saint Nicolas !). On le comprendra donc sans peine : Saint Nicolas, et à travers lui le Père Noël,  ne sont autres que des travestissements de Wotan/Odin. Le premier étant né d'une initiative de récupération chrétienne, et le second étant une réinterprétation séculière de celui-ci.

Hans Cany

samedi 24 avril 2021

30 avril-1er mai : Nuit de Walpurgis et Beltaine

 


C'est dans la nuit du 30 avril au 1er mai qu'est traditionnellement célébrée dans une grande partie de l'Europe une fête païenne majeure désignée sous le nom de Nuit de Walpurgis (Walpurgisnacht) chez les Germains, et correspondant à la Beltaine des Celtes insulaires (Irlande et Grande-Bretagne), parfois orthographiée Beltane ou Beltene. En Celtie continentale (Gaule), la même célébration porte le nom de Belotennia.

Infiniment plus méconnue qu'Halloween/Samhain (car beaucoup moins vulgarisée, médiatisée, et "monnayée"), Walpurgis/Beltaine en constitue l'exacte réplique, la seconde marquant le passage de la partie sombre de l'année à la partie lumineuse, inversement à la première. Elle porte d'ailleurs aussi le nom de Cetsamhain, ce qui traduit bien la correspondance entre ces deux points essentiels de l'année celtique.

Fête du retour de la lumière et du renouveau de la Nature, elle n'en constitue pas moins également une nuit "hors du temps", peuplée de forces obscures et au cours de laquelle le monde des morts et de l'au-delà interfère avec celui des vivants. Tout comme Halloween, elle est marquée par l'errance de forces impalpables, de créatures ténébreuses et inquiétantes, au premier rang desquelles les sorcier(e)s maléfiques, les revenants et autres loups-garous. Les thèmes de la sorcière et du loup-garou sont d'ailleurs spécifiquement associés à la Nuit de Walpurgis dans l'ancienne tradition germanique.

On s'y réunit aussi autour de grands brasiers conjurant les ténèbres et saluant le retour du Soleil régénérateur, les fameux "Feux de Beltaine", qui sont l'occasion de moultes réjouissances et libations en l'honneur des forces vives de la Terre-Mère. Soleil et Terre-Mère respectivement symbolisés par le dieu solaire Bel/Belenos et sa parèdre Belisama - d'où le nom irlandais de Beltaine, ainsi que le nom gaulois de Belotennia -, et par l'antique déesse préceltique Maïa, d'où le nom du mois de Mai.

Si le 1er mai constitue le jour de Beltaine proprement dit, il ne faut pas oublier que la célébration de Beltaine/Belotennia commence le 30 avril dès le crépuscule, car dans la tradition celtique, le jour nait de la nuit. Une journée commence logiquement avec la nuit qui la précède, et c'est ainsi qu'il y a donc bel et bien concordance de date entre Beltaine et Walpurgis.

A toutes celles et tous ceux qui se soucient de rétablir le lien avec leurs véritables racines spirituelles ancestrales, je souhaite donc une excellente célébration de cette nuit exceptionnelle, qu'il serait fort dommage de laisser dans l'oubli !

Hans Cany




mercredi 21 avril 2021

BELENOS, Soleil celtique

 

Bel / Beli / Belen / Beleni ou Belenos, connu aussi sous la forme latinisée de Belenus, est une divinité solaire du panthéon celtique. Il incarne tout particulièrement les pouvoirs bienfaisants et régénérateurs du rayonnement solaire, et à ce titre, il s'agit d'un dieu guérisseur, également associé aux sources d'eau thérapeutiques.

Il a pour parèdre féminine la déesse Belisama.

Bien qu'il en soit complémentaire, il ne doit pas être confondu avec Lug / Lugh ou Lugos, autre dieu celtique à caractère solaire lui aussi, mais qui pour sa part incarne plutôt l'aspect dispensateur de lumière du Soleil, voire sa lumière elle-même.

Belenos correspond à Apollon chez les Gréco-Romains, et à Baldr / Balder / Baldur dans la tradition germano-nordique. On retrouve d'ailleurs dans le nom de ce dernier la racine indo-européenne bhel, qui signifie « brillant », « brûlant », « resplendissant », « éclatant ».

Comme son nom le suggère de manière explicite, c'est tout particulièrement Bel / Belenos que l'on honore à l'occasion de la fête celtique de Beltaine, dans la nuit du 30 avril au 1er mai, laquelle marque la fin de la partie sombre de l'année, et le passage à la saison claire.

Le grand nombre de toponymes directement hérité de son nom témoigne de l'importance passée de son culte, comme de son caractère de divinité majeure du panthéon gaulois. Ainsi, tous les toponymes de type Beaune, fort répandus dans beaucoup de régions françaises, en procèdent. Même chose pour les toponymes de type Bellenot, Belmont, Bligny (déformation de Beligny), Bel air, ainsi que pour tous les dérivés de ces noms. De façon générale, beaucoup de noms de lieux construits à partir du préfixe Bel ou Belle, voire même à partir des simples racines Be ou Bl, ont de grandes chances de conserver ainsi le souvenir de l'ancien dieu.

En forêt de Brocéliande, en Bretagne, la célèbre fontaine de Barenton, qui fut jadis une fontaine thérapeutique prisée des druides locaux pour les propriétés attribuées à son eau, est elle aussi très probablement un ancien sanctuaire forestier dédié à Bel / Belenos. Barenton serait en effet une déformation de Belenton, ancien nom du lieu forgé à partir du nom Bel et du mot nemeton, signifiant sanctuaire en langue gauloise. Bel-Nemeton : "le sanctuaire de Bel".

Au large de l'illustre Mont Saint-Michel, près d'Avranche, l'îlot inhabité de Tombelaine, "Tombe-Bélen", en garde lui aussi la trace évidente. Du reste, il est très probable -sinon certain- que le Mont lui-même, qui s'est longtemps appelé Mont-Tombe avant d'être rebaptisé, soit en fait un ancien lieu de culte de Belenos. Le culte de Bel / Belen / Belenos se célébrait souvent au sommet d'éminences naturelles, et de nombreuses collines y furent ainsi consacrées. Avec la christianisation, beaucoup furent justement re-consacrées à... l'archange Saint-Michel. En réalité, le simple fait, pour un lieu, d'être consacré à ce Saint-Michel, dont le caractère solaire est aussi très marqué, permet tout au moins de présumer fortement que ce même lieu était naguère dédié au dieu celte, ou du moins à une divinité solaire équivalente.

Hans Cany

vendredi 26 mars 2021

Aux origines de Pâques : OSTARA

 


Etroitement associée au printemps qu'elle incarne par extension, Ostara est une déesse germanique personnifiant les principes de l’aube, de la renaissance, du renouveau et de la fertilité. C’est en raison de cette analogie que d’aucuns n’hésitent pas à identifier Ostara à cette autre déesse de la fertilité qu’est Frigg/Frigga ou Freyja, bien que cette assimilation, loin de faire l’unanimité, reste controversée.

Ostara, la Dame de l'Aube, connaissait sa variante saxonne sous le nom d’Eostre ou Eastre, et son souvenir se retrouve entre autres de manière flagrante dans l’allemand moderne Ostern et l’anglais moderne Easter, désignant tous deux Pâques. Il est d’ailleurs à noter que le lièvre - ou le lapin - et les oeufs, attributs de la déesse symbolisant la vie et la fertilité, font aujourd’hui partie de l’imagerie traditionnelle liée à Pâques, soulignant ainsi les racines préchrétiennes méconnues de cette très ancienne célébration printanière européenne.

Quoique la célébration qui lui est consacrée tende à se confondre avec celle de l'équinoxe de printemps (20-21 mars), la date de la fête d'Ostara proprement dite se basait sans doute à l'origine sur la première pleine lune suivant l'équinoxe, puisque c'est ce critère que semble avoir retenu et repris l'Eglise chrétienne pour fixer chaque année la date de Pâques. Il n'y a donc pas identité entre l'équinoxe et Ostara : ce sont là deux fêtes bien distinctes, même si elles ont généralement lieu à quelques jours - ou semaines - d'intervalle.

Qu'on se le dise : 
Ostara, c'est donc... Pâques. Cette fête printanière est directement à l'origine des Pâques chrétiennes dans les pays d'Europe septentrionale et occidentale. Mais à moins de se borner au cadre étroit de dogmes rigides et figés pour l'éternité, rien ne s'oppose à ce qu'aujourd'hui, Eostre/Ostara soit honorée en deux occasions. Ainsi, le caractère solaire de l'équinoxe et l'aspect lunaire de la déesse se complètent et s'équilibrent harmonieusement.

Frères et soeurs d’Europe, faisons donc honneur à l’héritage sacré de nos ancêtres, et renouons avec les origines et la signification réelles de "Pâques", fête de la renaissance et du renouveau de Mère Nature.

Hans Cany




jeudi 28 janvier 2021

Imbolc : fête de purification, annonciatrice de renouveau

 


Imbolc, de son nom gaulois Ambiuolcios,  fête celtique des lustrations, est traditionnellement célébrée les 1er et 2 février. Elle est placée en Irlande sous le patronage de la déesse-mère Brigid ou Brigit, dont le symbole d'essence solaire, dit Croix de Brigid, n'est autre qu'une variété de svastika.

Fête de purification, il s'agit de la première célébration "printanière" de l'année, puisqu'elle annonce le retour prochain du printemps et le réveil de la Nature, au sortir de sa longue dormition hivernale.

L'Eglise chrétienne, face aux traditions païennes trop vivaces pour qu'elle parvienne à les éradiquer, s'est toujours et en tous lieux efforcée de les récupérer, en les travestissant tant bien que mal. Elle s'est donc contentée de reprendre celle-ci pour en faire la veille, au 1er février, la fête d'une prétendue sainte... Brigitte.

En Gaule, la déesse Brigid/Brigit était connue sous le nom de Brigantia ("La Très Haute"), elle-même assimilée à Belisama ("La Très Brillante"). Déesse de l'aurore et de la fertilité sous son aspect de déesse-mère, dotée par ailleurs 
d'un aspect guerrier, elle est aussi associée à la poésie, à la médecine et aux arts, notamment ceux de la forge. Ceci en fait une déesse triple, flanquée de deux soeurs également nommées Brigit, et qui en symbolisent les différents aspects. Nous avons ainsi Brigit la poétesse, Brigit la forgeronne, et Brigit la guérisseuse. 

Je vous souhaite donc une chaleureuse célébration d'Imbolc / Ambiuolcios ou Candelmas, autre appellation britannique se traduisant littéralement par Chandeleur, la fête des chandelles.

Hans CANY




mardi 1 décembre 2020

YULE et Solstice d'hiver : aux origines cachées de Noël

 


JUL (ou YULE), le Solstice d'Hiver consacré à Wotan/Odin, arrive à grands pas. C'est ce Solstice d'Hiver païen qui fut naguère détourné par l'Eglise chrétienne pour en faire Noël, en le décalant simplement au 24-25 décembre, date à laquelle s'achevaient les Saturnales de la Rome antique, et où l'on célébra aussi à partir d'une certaine époque Sol Invictus, le Soleil Invaincu, de même que, plus marginalement, la naissance du Dieu Mithra, lui-même divinité solaire.

Dans les premiers siècles de l'Eglise, la Nativité fut tour à tour fixée au 6 janvier, date de l'Epiphanie grecque à Alexandrie, puis au 13 janvier, au 2 avril, au 20 avril, au 28 mars, au  21 mai, au 18 novembre... Aujourd'hui encore, certaines églises chrétiennes, notamment celles d'Orient comme celles d'Arménie et de Syrie, rejettent le dogme dominant. Ce n'est en effet que tardivement, à la fin du IIIème siècle de l'ère chrétienne, que l'on fixa la date de naissance mythique du Christ au 25 décembre, coïncidant avec la fin des Saturnales romaines, que l'Eglise s'était employée à éradiquer sans véritablement y parvenir. Comme à son habitude, elle procéda donc plutôt à une récupération en règle de la période festive, en prenant un soin tout particulier à en détourner et à en dénaturer le sens originel. L'ensemble de cette période fut dès lors désignée comme l'Avent, précédant la fête de Noël proprement dite.
 
En dépit des idées reçues, cette tradition ancestrale remonte donc bien au-delà du christianisme, et à l'origine, Noël ne constitue pas une célébration d'essence chrétienne. Les rites et festivités liés au Solstice d'Hiver, qu'ils se rattachent à l'antique  tradition romaine ou aux racines germano-nordiques de la célébration, honorent tous la renaissance progressive de la lumière et de la vie, à partir du point le plus obscur de l'année. La période du solstice d'hiver, comprise approximativement entre le 21 et le 25 décembre, est en effet celle où la nuit est la plus longue, et le jour le plus court. Il s'agit donc de célébrer le réveil annoncé de la nature et de la vie, dans le mouvement cyclique des alternances entre la mort et la vie, la rotation éternelle du cycle des saisons, symbolisée notamment par la roue solaire.
 
A vrai dire, le nom même de Noël est une altération d'autres désignations de cette fête païenne : la Neue Helle francique, autrement dit la "Nouvelle Clarté", de même que le Noio Hel gaulois et le Neo Helios grec, signifiant tous deux "Nouveau Soleil". Elle marque le début, à partir du Solstice d'Hiver, d'un lent processus de renouveau de la lumière, des forces de la vie et de la Nature endormies, le soleil commençant très progressivement à briller chaque jour un peu plus longtemps à compter de cette date. Certains auteurs, tels que le très estimable Alain de Benoist dans son ouvrage Fêter Noël, ont pour leur part proposé une autre étymologie du nom français Noël, en le faisant dériver du bas latin natalis dies, et en l'apparentant donc à l'italien Natale et au provençal Nadal, qui désignent explicitement la "Nativité". Cette théorie linguistique apparait néanmoins pour le peu hasardeuse, pour ne pas dire douteuse, et ne résiste guère à la comparaison avec celle qui fait dériver le mot à la  fois de la Neue Helle, de Noio Hel et du Neo Helios, non seulement plus séduisante mais aussi nettement plus plausible et convaincante.
 
C'est dans cette même optique de célébration de l'espoir de la renaissance que se sont popularisées via les traditions germano-nordique comme romaine les décorations à base de branches et de feuilles de houx, de sapin, ces plantes qui demeuraient toujours vertes et qui incarnaient donc le renouveau à venir. Les couronnes de l'Avent, constituées de branches vertes tressées en forme de cercle, participent de la même symbolique, représentant la plante qui reste verte associée au cercle du cycle des saisons et des renaissances, véritable forme simplifiée de la roue solaire, en l'honneur du soleil invaincu et renaissant.
 
Procède aussi bien entendu du même symbolisme païen l'arbre de Noël, tradition évidemment héritée des anciens usages germaniques et nordiques, tout comme celle de la bûche, qui se rapporte aux anciennes célébrations du Solstice d'Hiver, par rapprochement entre le feu et le soleil à renaître. Le sapin, en sus d'être toujours vert et d'incarner les principes de vie et de renaissance, s'apparente aussi à l'Irminsul des anciens Germains continentaux, ainsi qu'à l'Yggdrasil des anciens Scandinaves. Il est arbre de vie et axis mundi, axe du monde qui soutient et relie les divers plans de l'univers. Le sapin de Noël se fait ainsi image de l'arbre cosmique, et s'inscrit donc dans une représentation du sacré dont le sens échappe aujourd'hui au plus grand nombre.
 
Quant à la figure mythique du Père Noël, si chère à l'imaginaire enfantin, elle est en fait issue d'un subtil mélange entre deux personnages mythologiques : le dieu germano-nordique Wotan/Odin, et le Saint Nicolas chrétien, lui-même constituant une figure pourvoyeuse d'origine païenne. Il y a d'ailleurs plus ou moins confusion ou assimilation, chez les Anglo-Saxons, entre Saint Nicolas et le Père Noël, ce dernier étant souvent désigné sous le nom de Santa Claus (littéralement… Saint Nicolas !).
 
L'auteur Arnaud d'Apremont y associe même un troisième personnage, en l'occurrence la déesse germano-nordique Freyja, elle aussi divinité pourvoyeuse symbolisant l'abondance et la fertilité. Pour lui, le Père Noël est donc une sorte d'hybride des trois.
 
Enfin, on notera aussi cet objet symbolique qu'est la Tour de Jul (Yule), un chandelier de Noël caractéristique de la tradition païenne germano-nordique, et dont on peut voir une photo en tête du présent article. Réalisé en terre cuite, en argile ou en céramique, il comprend quatre faces ajourées ornées de coeurs, de roues solaires et de symboles runiques. On y fait se consumer deux bougies, l'une à son sommet, et l'autre à l'intérieur. Les origines de cet objet rituel remontent au Haut Moyen-Âge, et son usage était encore courant dans les campagnes allemandes et scandinaves du XIXème siècle.
 
Avec quelques jours d'avance, chers amis lecteurs et lectrices, je vous souhaite donc une excellente célébration de Yule/Noël. Le soleil et la vie vont renaître, et c'est ce renouveau cyclique que nous allons fêter, loin des excès et des outrances du consumérisme à tout crin. Que la Nouvelle Clarté vous accompagne et vous illumine sur la voie qui fut jadis suivie par vos ancêtres.
 
Hans CANY

Wotan / Odin chevauchant dans les airs son destrier à huit pattes Sleipnir,
suivi de ses deux corbeaux Hugin et Munin (Pensée et Mémoire).
Il est à l'origine de la figure moderne du Père Noël.