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mardi 30 juillet 2024

Pour un (néo)paganisme LIBRE

Vous croyez que je n'en ai qu'après les puériles illuminations des trois Religions du Désert ? Détrompez-vous. 

J'emmerde les sectes néodruidiques, les hiérarchies "sacerdotales" et autres "confréries initiatiques" à deux balles, les béni-oui-oui de toutes chapelles, les fous furieux intégristes, les excités fanatiques, les je-sais-tout dogmatiques, les crypto francs-macs, les irlandocentristes "universitaires" prétentieux, bornés et hautains, les wannabes "vikings" version Netflix, les "reconstructionnistes" façon Playmobil grandeur nature, les hystéro-féministes wiccanes à la sauce gaucho-wokiste états-unienne, les pseudo-"chamans" mais vrais escrocs ultra-vénaux, les syncrétistes farfelus, les occultistes frappadingues et autres zozotéristes new-ageux de tous poils. Et j'en oublie sûrement encore d'autres catégories dans le lot...

Je ne suis même pas un "sorcier" ou un "néo-païen" "de marge", comme se plaisent à s'auto-étiqueter certains. Ma seule velléité, c'est de cheminer spirituellement seul et de déterminer par moi-même ce qui m'apparait juste ou non, guidé en premier lieu par mes propres préceptes moraux, mes propres conceptions métaphysiques et mes propres intuitions. Tout simplement. 

Ce qu'ont pu croire ou faire de lointains aïeux, tout comme ce que peuvent croire ou faire d'autres cheminants contemporains ne peut m'intéresser qu'à titre documentaire, historique, archéologique ou en tant qu'éventuelles pistes de réflexion. Le reste, je n'en ai cure, car je ne m'en remettrai toujours qu'à mes propres vérités et conceptions intérieures. Ce qu'ont pu faire ou croire de lointains ancêtres peut tout aussi bien relever de conceptions justes que d'inepties voire d'usages anachroniques et éthiquement inacceptables. Aucun dogme figé ne me forcera donc à les singer, ni même à m'y conformer si je ne les juge pas conformes à mes propres valeurs ni à ma loi intérieure. Aucune "historicité" (soi-disant) attestée  ne me convaincra du bien-fondé de telle ou telle pratique ou de telle ou telle croyance anciennes. Je me réserve en toute modestie le soin d'en juger par moi-même, selon qu'elles m'apparaissent fondées, justifiées, obsolètes voire acceptables ou non. Une spiritualité certes ancienne, mais adaptée à des temps nouveaux : tel a toujours été mon propre credo.

Du reste, "mon" paganisme se veut avant tout cosmique, métaphysique, moral et intellectuel. Je n'interprète pas les mythes anciens sous forme de belles histoires à prendre à la lettre, préférant m'en remettre à un décryptage symboliste et  herméneutique desdits mythes, bien plus profond et riche d'enseignements selon moi. Après, libre à chacun de suivre la voie qui lui apparaîtra la plus pertinente, et surtout la plus appropriée à sa façon d'être comme à son mode de pensée. Loin de moi toute forme de prosélytisme, comme toute intention intention de convaincre quiconque de la justesse d'une démarche qui, somme toute, ne relève que de mes propres choix en la matière.

A mon sens, il existe presque autant  de conceptions du (néo)paganisme qu'il existe de (néo)païens libres et assumés, et je n'ai nulle prétention d'imposer la mienne comme étant plus "juste" ou plus "vraie" que d'autres. Tout comme, inversement, je dénie à quiconque le droit de chercher à m'imposer les siennes en lieu et place des miennes, au nom de je ne sais quelle "Vérité" plus ou moins fantasmée, idéalisée ou stéréotypée.

Hans CANY





dimanche 4 février 2024

Ethique du néo-paganisme [par Pierre de la Crau]

  Le néo-paganisme est la seule vraie religion, au sens étymologique du terme (religare, relier, relier les hommes au sur-humain, au cosmique, comme dans le yoga) de la civilisation occidentale.

C'est une foi qui associe l'éthique élevée des anciens peuples indo-européens aux plus nobles idéaux de la société européenne, le dernier rempart qui nous protège des idéologies hostiles à notre culture. Pour les combattre, nous avons ce néo-paganisme, une foi qui est ressortie comme neuve des épreuves, mais qui reste solidement enracinée dans l'éthique du temps de nos ancêtres spirituels, les druides, les Germains, les Latins, les Grecs et tous les autres peuples de la Mer. C'est une Métaphysique et une Mystique occidentale faite par les Occidentaux et pour les Occidentaux, ou ceux qui sont de leur race d'esprit.

Cette religion, pour nous relier au Cosmos, est basée sur l'harmonie avec la Nature, notre Mère à tous, le respect de chaque race (quel que soit le nom qu'on lui donne) et de chaque culture (ethno-différentialisme). c'est une religion qui insiste sur le courage et la fierté, l'honnêteté et la loyauté, l'effort personnel et la coopération. Les néo-païens celtiques - ou autres - croient qu'une révolution spirituelle est nécessaire pour arrêter la décadence, cancer du monde européen d'aujourd'hui.

Un néo-païen n'est pas un réformiste. C'est un révolutionnaire spirituel !
Il ne doit pas chercher à reconstruire une religion épuisée mais à en construire une nouvelle, plus essentielle, plus dynamique. Être néo-païen signifie être membre d'une communauté unique, unie dans sa diversité. Une communauté d'hommes et de femmes unis par des idéaux communs et luttant pour un même but, la procréation d'une société dans laquelle la civilisation et la culture puissent croître et s'élever encore plus haut, toujours plus haut.

Le néo-paganisme n'est pas une foi pour toute l'humanité. Nous croyons profondément qu'une religion, pour être fonctionnelle, doit s'harmoniser avec les caractéristiques intellectuelles et culturelles des siens. Mais il s'agit d'une race spirituelle, d'une race de l'esprit, qui peut être indépendante de la couleur de la peau. Il y a des Indo-Européens de coeur. 

C'est pourquoi notre foi est conçue en règle générale comme la métaphysique et la Mystique de l'Occident, du Grand Occident et de personne d'autre. Nos principes sont sans détours, sans mystère défiant la logique.

Voici nos dix commandements :

1/ Chaque néo-païen doit être frère ou ami, au moins de tout autre néo-païen.
2/ Dis toujours la vérité sauf si ta vie est vraiment en danger.
3/ Si tu fais un serment ou une promesse tiens-les, quoi que ça puisse te coûter.
4/ Va en toute chose vers le plus grand, le plus fort et le plus beau.
5/ Essaie constamment de perfectionner les capacités de ton corps et surtout de ton esprit (intelligence et âme).
6/ Essaie dans toutes tes actions de renforcer la fraternité entre les frères.
7/ Vis en harmonie avec la nature et obéis à ses lois si tu ne peux pas les dépasser.
8/ Sois bien conscient de ton héritage, et transmets ses valeurs à tes enfants.
9/ Combats l'injustice sous toutes ses formes et quel que soit son déguisement.
10/ Respecte et tolère les dieux et les cultes les plus divers, mais n'oublie jamais que le polythéisme non vulgaire n'est jamais qu'un monothéisme multiforme et panthée.

On peut commenter de diverses façons ce texte, intéressant à plus d'un titre, du moins nous l'espérons pour nos lecteurs. Les peuples dont parle Morvan Lebesque dans son livre (Comment peut-on être breton ?) connaissaient la notion de faute contre l'éthique mais ignoraient celle de péché (violation de la Loi édictée par un Dieu unique et punissable dans l'au-delà après la mort, éternellement). Le sens éthique de ces "païens" était autrement plus exigeant que celui de nos chrétiens de gauche qui s'absolvent presqu'à l'avance de toute faute ou de toute responsabilité, comme "Saint Paul" qui déclarait "Je ne fais pas le Bien que je veux , et je fais le Mal que je ne veux pas". Autrement dit : c'est pas ma faute ! Facile à dire.

Les païens, eux, pouvaient être rongés toute leur vie par le remord en cas de faute grave contre l'éthique ou en cas de grave responsabilité dans une quelconque affaire. Le catholique, lui, va se confesser, la peur au ventre, se repent fermement, et sort absous de tout péché (prêt à recommencer !). Facile, un tel manque de responsabilité. Le sens des responsabilités, voilà ce qui différencie un païen d'un judéo-islamo-chrétien.

La religion catholique n'est sévère qu'en apparence. En fait, elle pardonne tout... pourvu qu'on fasse appel à ses prêtres. On voit tout de suite à qui peut profiter un tel système d'indulgence rendant indispensable la caste sacerdotale. Mais l'homme qui a une éthique vraiment exigeante ne doit pas pouvoir s'absoudre comme ça. Ce serait trop facile !

Pierre de la Crau (Druide Hésunertus /|\)
[Le Nouveau Testament païen, Cahiers de "La Bretagne réelle", printemps 1986]





mardi 22 février 2022

Être païen dans le monde moderne

 Je suis intimement persuadé qu’être païen aujourd’hui implique inévitablement l’adoption d’un univers mental s’inscrivant en rupture totale avec la société actuelle, dans ses pompes et ses (mauvaises) œuvres ; le païen actuel doit faire sienne l’idée que le monde où il réside n’est pas le sien, mais celui des autres, de ses adversaires, et que ses intérêts et ses valeurs, réprouvés et combattus par ce monde étranger, sont incompatibles avec ceux de ce dernier. Deux voies s’ouvrent alors : soit « l’exil intérieur », être un « convive de marbre » assistant à un banquet auquel on est contraint d’être présent, ce qui conduit à la marginalisation, soit « accepter » le monde, tout en ne le reconnaissant pas comme valable et légitime, pour y agir selon nos valeurs. En d’autres termes, il s’agit d’être « dans » le monde, mais non « du » monde. 

Bernard Marillier


samedi 29 janvier 2022

POUR UNE SPIRITUALITÉ SANS DOGMES... NI "MAÎTRES A PENSER"

 Au diable les gourous, chamanes, druides, évêques, instructeurs, sorciers, coachs, enseignants et autres maîtres à penser ! Au diable les margoulins, escrocs rusés, petits malins, arnaqueurs, bonimenteurs, menteurs professionnels et autres marchands de tapis qui vendraient leur propre mère ! Au diable ces crétins pathétiques et ces pouffiasses prétentieuses qui se prennent pour de grands initiés, mages, sages, prêtres ou prêtresses, illuminés ou éveillés ! Ils/elles ne brassent que du vent et vous font prendre des vessies pour des lanternes ! 

Je crois de tout mon être à la réalité de l'auto-initiation. Seules votre propre expérience vécue et votre intime intuition sont capables de vous guider et de vous éveiller. Tout le reste est pipeau, baratin, blabla, hypnose, lavage de cerveau, minables suggestions, prises de tête inutiles et stériles ! 

Soyez votre propre maître ! Ne croyez qu'en vous-même ! Fuyez comme la peste tous ceux qui prétendent penser à votre place et vous tiennent la queue pour pisser droit !

Fuyez tous ces gourous, vampires, bourreaux, manipulateurs sadiques et pervers narcissiques ! Envoyez-les au diable ! Ou à la vacuité dont ils n'auraient jamais dû sortir ! 

. Druide Sagos /|\ 


dimanche 3 octobre 2021

CELTES ET GERMAINS [par Stephen McNallen]

 Retour sur de nombreuses analogies soulignant
une évidente parenté 
ethno-culturelle.


Le chef du clan se leva parmi ses guerriers assis dans la grande salle enfumée. Les bruits et les conversations s'arrêtèrent, et tous les yeux se tournèrent vers ce colosse moustachu qui était leur leader. Élevant sa corne remplie d'hydromel au dessus de la cohue, il porta un toast au Grand Dieu, celui qui possède une lance et qui est accompagné par deux corbeaux. Tous clamèrent leur approbation, et un autre guerrier se mit debout, éleva sa corne et loua le nom du Dieu Tonnant. Les autres l'imitèrent, et dans la chaleur de leur camaraderie, ils auraient bien pu être dans la grande salle où vont les guerriers après leur mort, et où les vierges guerrières leur servent le festin d'immortalité.

Une scène tirée de l'histoire des Vikings ?
Une beuverie typiquement germanique ?
Non. La scène décrite ici est celle d'un festin chez leurs cousins : les Celtes.



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Comme pour la plupart d'entre nous, il n'y avait pour moi rien de nouveau dans le fait que les deux principaux groupes ethniques de l'ancienne Europe du Nord avaient beaucoup en commun. Tous deux font partie de la grande famille des Indo-européens. Leurs mythologies partagent une structure commune, les aspects matériels de leurs cultures sont très proches, et une même conception héroïque de la vie unit les Celtes et les Germains. Mais cela, comme nous allons le voir, n'est que le début !

La distinction que nous faisons aujourd'hui entre ces deux branches de nos ancêtres provient en grande partie des observations de Jules César. En résumé, il donne le nom de Germains aux tribus qui sont sur la rive droite du Rhin, et il nomme Celtes celles qui se trouvent sur l'autre rive. En fait, à l'époque, ce n'était pas aussi simple. Aujourd'hui les spécialistes pensent que quelques tribus que nous avons autrefois appelées Germains, étaient en réalité des Celtes. D'autres tribus auraient pu appartenir à l'un ou l'autre des deux groupes, parce que nous ne savons pas quelle langue elles parlaient !
La conclusion que nous pouvons en tirer, est que les traces matérielles que ces peuples ont laissées sont difficilement définissables, et que la langue est la seule différence marquée entre les deux groupes.

Leur apparence physique n'est pas un critère de différenciation, parce que les auteurs romains décrivent les peuples Germains et Celtes exactement selon les mêmes termes. Tous deux étaient de grande taille, les cheveux tendant vers le blond, et de peau très claire.
Le mot «Teuton», à cet égard, est à rapprocher du mot celtique «Tuath», signifiant tribu; ce qui fait penser à une parenté proche !

Pour moi, la question fut réglée lorsque je lus le livre de Hilda Davidson Mythes et symboles dans l'Europe païenne (Syracuse University Press, 1988). De manière significative, le livre est sous-titré «anciennes religions Scandinave et Celtique». Page après page et chapitre après chapitre, l'auteur présente les similarités entre la mythologie, le folklore et les rituels des peuples germanique et celtique. Je commençai à en faire une liste tout en lisant, et rapidement je remplis plusieurs pages de notes manuscrites. Je n'en garantis pas la minutie, mais quelques comparaisons méritent d'être faites. Pour rendre plus accessible cette masse de matériel, j'ai classé mes commentaires en plusieurs grandes catégories :


DIEUX ET DÉESSES

Le dieu celtique Lug et notre Odhinn sont à peu près semblables. Odhinn est le père des dieux, est accompagné par deux corbeaux, possède une lance magique, et il est borgne. Lug est le dieu souverain dans la famille des dieux celtiques, il est associé aux corbeaux, possède la Lance de la Victoire, et il ferme un oeil lorsqu'il accomplit des actions magiques sur le champ de bataille.

Le dieu germanique Thor, dont le nom signifie «le Tonnant», possède un puissant marteau. Il chevauche dans les cieux, riant dans sa barbe rousse, dans un chariot tiré par des boucs surnaturels. Le Taranis celtique, dont le nom signifie également «le Tonnant», conduit un chariot tiré par des taureaux. Il contrôle la foudre, dont le nom en vieux gaélique dérive de la même racine indo-européenne que le nom du marteau de Thor, Mjöllnir. Taranis est aussi représenté avec une abondante chevelure rousse flottante.

Tyr, comme le racontent les mythes, perdit une main par la morsure du loup Fenrir. Il fut le dieu des cieux, disent les spécialistes, jusqu'à ce que Odhinn prenne sa place. Le dieu celtique Nuada perdit un bras dans la bataille contre les géants Fomoré, et ainsi Lug -- l'équivalent celtique d'Odhinn -- devint le dieu le plus important.

Dans le domaine de la fertilité et de l'abondance, notre dieu Frey apparaît comme le plus important. Un de ses animaux favoris est le cheval, qui est aussi sacré pour le Dagda, le «dieu bienfaisant», qui est l'équivalent celtique de Frey.


AUTRES ÊTRES SURNATURELS

Les géants ? Les Celtes ont les leurs, tout comme les Scandinaves. Ils se nomment les Fomoré, et les dieux celtiques doivent mener une dure bataille contre eux. Plus précisément, le rôle qu'ils jouent est le même que chez les nordiques : ils représentent les forces d'inertie et d'entropie dans le cosmos.

Les Valkyries trouvent leur équivalent dans la déesse Morrigan, féroce déesse qui accorde la victoire sur le champ de bataille, tisse les destins dans la guerre, et sert les héros dans leur vie après la mort. Ces deux aspects jumelés -- le sang et la mort d'une part, l'amour d'autre part -- sont présents dans les deux cultures. De même, les récits celtiques et les sagas scandinaves parlent de femmes guerrières surnaturelles qui instruisent et initient les héros choisis par le destin. Brünhild (Brunehilde) enseigne à Sigurd (Siegfried) la connaissance magique, et la guerrière Scathach («l'ombre») prend en charge le héros irlandais Cûchulain et en fait le guerrier qu'il est destiné à devenir. Ce n'est probablement pas un hasard si Sigurd et Cûchulain sont liés à Odhinn et à Lug, respectivement.

Considérons maintenant les êtres surnaturels moins importants, dont les figures se rencontrent plus rarement dans les mythes et la poésie, mais qui rendent la vie plus supportable aux hommes. Les esprits de la nature, par exemple, sont semblables dans les deux cultures. Les Elfes, et le lien entre ces êtres et les âmes des ancêtres, étaient à peu près les mêmes chez les anciens Germains et leurs contemporains Celtes.


PRATIQUES RELIGIEUSES

J'ai évoqué la ressemblance entre les « paradis des guerriers » dans la scène au début de cet article, mais la ressemblance entre les religions des Celtes et des Germains va bien au-delà.

Les marais de l'Europe du Nord ont reçu les mêmes offrandes des Celtes et des Germains. Armes capturées dans les combats, nourriture et gobelets, et divers objets -- tout cela était déposé dans les lacs et les marais de la même manière, au point qu'aujourd'hui nous ne pouvons même pas dire quels objets découverts sont d'origine germanique et lesquels sont celtiques.

Lorsque les Druides offraient un sacrifice aux dieux, le sang d'un animal était projeté sur l'assistance avec un rameau de verdure, pour que l'énergie divine présente dans le sang puisse être directement transférée aux gens. Dans la religion germanique, nos ancêtres faisaient exactement la même chose pendant le sacrifice, le « Blot ». (Aujourd'hui, les pratiquants des deux religions utilisent de l'hydromel ou quelqu'autre boisson fermentée.)

Dans toute l'étendue de notre patrie européenne, nos ancêtres honoraient les dieux en plein air, parce qu'ils pensaient qu'il était insensé de les enfermer dans des lieux fermés, comme (plus tard) les églises chrétiennes. De la même manière, dans les temps anciens, nos représentations des dieux et des déesses étaient très simples -- souvent gravées sur des morceaux de bois auxquels la Nature avait déjà donné une forme étrange, attendant seulement quelques raffinements de la main des hommes.

Toutes ces coutumes décrivent aussi bien les pratiques des Celtes que celles des Germains.

Les hommes des deux groupes ethniques utilisaient des boissons fermentées dans les rituels religieux. Souvent c'était de l'hydromel, mais ce pouvait être aussi de la bière. Et puisque nous nous intéressons à la modification des états de la conscience, rappelons-nous la folie furieuse des guerriers d'Odhinn, les «Bersekers». Dans l'ancienne Irlande, cette folie des guerriers (les «Fianna») portait le nom de «Ferg».

Les lecteurs des récits nordiques se rappelleront comment Sigurd tua le dragon Fafnir et fit rôtir son coeur. Lorsqu'il se brûla le doigt, il le porta à sa bouche et constata qu'il pouvait comprendre la langue des oiseaux. Le héros irlandais Fergus obtint le même pouvoir lorsqu'il se brûla le doigt en faisant cuire un saumon au-dessus d'un feu. [On peut aussi noter la similarité entre le récit germanique des «pommes d'Idunn» et le thème celtique des pommes de l'île d'Avalon, NDT.]


LA VISION DE L'UNIVERS

Lorsque nous regardons la cosmogonie des Germains et celle des Celtes, nous ne pouvons pas trouver d'équivalence directe, mais nous pouvons voir une ressemblance. Tous deux avaient l'arbre géant, le centre du Cosmos, la structure dans laquelle tous les mondes sont contenus. Chez les nordiques, c'était Yggdrasil. Les Celtes l'appelaient Bile. [Cf. aussi et surtout «l'If de Mugna», NDT].

L'autre clé de l'univers chez les anciens nordiques était le Puits du Destin («Well of Wyrd»), contenant les actions qui constituent le passé. Boire l'eau de ce puits donnait la sagesse, et Odhinn sacrifia un de ses yeux pour obtenir ce privilège. Comme l'on sait, les Celtes avaient un puits presque identique : des noisettes tombaient à l'intérieur et étaient avalées par le Saumon de la Sagesse.


EN CONCLUSION

Les seules vraies différences entre les religions germanique et celtique semblent être les noms donnés aux dieux.
Un Viking du 10ème siècle se serait senti assez à l'aise dans un rituel celtique en Gaule un millier d'années plus tôt.
La religion celtique s'écarte de la religion nordique guère plus que par exemple, une prêtresse de Freya en Islande et un guerrier invoquant Wotan dans la Germanie du temps d'Arminius. En effet, on a envie de dire qu'il existe seulement une seule «religion européenne», et que les croyances germaniques et celtiques en sont deux expressions.

Ainsi quelles sont les implications de tout cela ? Eh bien, cela signifie que de nos jours, un Irlandais n'a pas de raison de se sentir mal à l'aise lorsqu'il invoque des dieux plus souvent associés aux fjords norvégiens qu'aux collines et aux vallées des Iles d'Emeraude. En fait, tous les peuples du Nord sont apparentés aussi bien spirituellement que génétiquement.

Aussi l'unité celto-germanique s'oppose à la thèse parfois entendue que depuis que les européens sont partagés entre des nations différentes, nous aurions des ancêtres différents. Combien de fois avons nous entendu quelqu'un dire «je suis de sang irlandais et suédois, avec un peu de sang anglais et germain» ? En réalité il n'y a là aucun mélange, parce que les peuples de la famille nordique ne forment en fait qu'un seul peuple, à la fois par leur aspect physique et par leurs anciennes religions.

Nous ne devons pas laisser les gens se diviser pour des raisons superficielles !

Enfin, la gamme de nos similarités signifie que nous pouvons en utiliser une pour approfondir notre connaissance des autres. Si nous essayons de reconstituer la tapisserie de nos anciennes croyances nordiques, il y aura des «trous» à cause du passage du temps et des persécutions chrétiennes. Mais si nous en connaissons le fond commun, et de quelle manière il est exprimé chez nos cousins Celtes, nous pouvons alors rapiécer les trous avec une grande confiance.

Assez pour aujourd'hui ! Toutes ces savantes démonstrations m'ont donné soif ! Je vais remplir ma corne avec une bonne rasade de Guiness, et porter un toast à nos ancêtres Celtes et Nordiques.
«Skoal», et «Slainte» !


Stephen McNallen


(Stephen McNallen a fondé l' Assemblée populaire Asatru (AFA), qu'il a dirigé de 1994 à 2016, après avoir été le fondateur de la Fraternité Viking et de l'Assemblée libre Asatru.)

dimanche 20 juin 2021

jeudi 30 juillet 2020

Abattages rituels et sacrifices sanglants, au degré zéro de l'élévation spirituelle

Alors que j'affiche très volontiers, au nom de la liberté de conscience la plus élémentaire, une large ouverture d'esprit en matière de spiritualité, on me demande parfois quelle est ma position au sujet de l'abattage rituel et des sacrifices animaux effectués dans le cadre de telle ou telle pratique religieuse. Par ce texte, j'entends donc apporter une réponse parfaitement claire à cette épineuse question, laquelle donne aujourd'hui lieu à de fort houleuses controverses.

**********

Il va sans dire que ma condamnation de ce type de "rites" barbares, d'où qu'ils viennent, est absolument sans appel, et ce quelle que soit la religion dont se réclament ceux qui s'y adonnent, fussent-ils musulmans, juifs, païens ou de quelque autre confession que ce soit. Ces crimes abjects doivent être partout abolis. Je suis et resterai toujours absolument intraitable sur ce point. Je précise d'emblée que cette condamnation de principe s'applique non seulement à l'abattage "rituel" des animaux dits "de boucherie", acte ignoble entre tous, mais aussi aux divers sacrifices sanglants effectués à l'occasion de quelconques cérémonies.

Au risque assumé de m'attirer l'ire de ceux qui, de plus ou moins bonne foi, approuvent ou tolèrent de semblables agissements au nom d'une prétendue défense de la diversité ou de la liberté de culte, j'oserai même ajouter sans le moindre complexe qu'à mes yeux, la pratique du sacrifice animal ou humain relève de surcroit d'une conception spirituelle de très bas étage, qui confine à la superstition et à la bêtise pure et simple.

Bien sûr, le principe de l'acte repose sur une notion simpliste qu'il est pour le moins aisé de décrypter. Il s'agit tout bonnement de renvoyer le souffle de vie ou l'âme de la victime sacrificielle vers la source créatrice dont il ou elle est issu(e), dans l'espoir de susciter l'attention de la divinité et de s'attirer ses bonnes grâces. Il n'en demeure pas moins que ce raisonnement puéril et d'une naïveté confondante, aussi amoral soit-il, ne fait en réalité que servir de prétexte et de couverture à la commission de ce qu'il convient objectivement de désigner pour ce qu'ils sont : des meurtres.

Au nom de quoi Dieu -ou une quelconque autre entité divine-, pourvoyeur de vie et parfois même "tout Amour", pourrait-Il être ravi que l'on ôte ainsi la vie et/ou l'âme qu'Il est censé avoir insufflé à l'une de Ses créatures, et qu'on la lui renvoie par le truchement d'un acte violent et anti-naturel ? C'est fondamentalement absurde et philosophiquement immoral, plutôt qu'amoral. Et ce, d'autant plus si la victime du sacrifice n'est pas consentante !

Chez de nombreux païens de toutes traditions, y compris chez la grande majorité des adeptes de l'hindouisme, les sacrifices ont depuis longtemps pris la forme d'offrandes végétales et de nourriture. Faudrait-il donc déplorer cette évolution liturgique ? Assurément non, bien au contraire.

Du point de vue qui est le mien, les musulmans ou juifs qui égorgent des moutons, comme les simili païens qui, à notre époque, s'adonnent ou voudraient s'adonner à des pratiques anachroniques du même ordre, ne sont que de fieffés spécimens d'imbéciles conditionnés qui se rendent coupables, de façon plus ou moins consciente, de crimes.

Tous les peuples, toutes les cultures et toutes les religions ont, à un moment ou l'autre de leur existence, pratiqué le sacrifice humain et/ou animal. Mais arrive toujours un moment où il faut savoir faire preuve de discernement, en opérant une distinction entre ce qui est essentiel et conserve une valeur intemporelle d'une part, et ce qui porte clairement la marque de son temps et des moeurs qui y sont liées d'autre part. L'ancienneté -toute relative- d'une pratique n'est en aucun cas le gage de sa légitimité ni de sa moralité, tant s'en faut.

Le divin ne se trouve pas hors de nous, mais en nous. Il est non seulement le souffle de vie, mais aussi l'esprit, et ce que nous nommons quasi-instinctivement l'âme, sans même parfois pouvoir définir précisément cette dernière. L'esprit et l'âme appartiennent à tout ce qui peut penser, à des degrés divers. Mais le souffle de vie, lui aussi parcelle du divin, réside en tout ce qui vit. Même en ce qui ne peut ni penser ni souffrir au sens animal du terme. Ce sont l'esprit et l'âme qui permettent de percevoir les sensations physiques et mentales : la douleur, la souffrance, le bien-être et les émotions, heureuses ou non.

Tous les animaux, même les plus "primitifs" et les plus "insignifiants", sont au moins pourvus d'un esprit et d'une conscience perceptive, lesquels en font des êtres sensibles, capables de se mouvoir et d'agir en fonction de leurs besoins, d'adapter leur comportement en fonction des circonstances, de ressentir la douleur ou le bien-être, la peine ou la joie, la peur ou la quiétude, en percevant ces sensations basiques exactement de la même manière que le font les êtres humains. L'espèce humaine, du reste, ne fait jamais que relever du règne animal, exactement au même titre que tant d'autres espèces qu'elle tend à qualifier, de façon bien présomptueuse, d' "inférieures".

C'est donc pourquoi, à mon sens, toute conception spirituelle un tant soit peu élaborée se doit non seulement de tenir compte de toute vie, mais aussi et surtout de toute vie sensible, à sa juste valeur. Tout ce qui va dans le sens d'une évolution positive et d'une véritable élévation des consciences ne peut que rejeter catégoriquement ce qui devrait apparaître aux yeux de tous comme des pratiques odieuses issues d'autres temps, et dont la seule évocation ne peut qu'inspirer le plus profond dégoût.

Hans CANY


dimanche 28 juin 2020

Les dieux païens sont toujours vivants


"Notre paganisme n’est pas seulement négatif. Nous recherchons les dieux à travers la joie, la fraternité, l’amour, la verdure, la roche et la neige, la mer et le vent. Car quiconque a perçu les messages de Nietzsche, de Jung, de Lawrence, de Steinbeck sait que les dieux sont toujours vivants. Quand ils ne le seront plus, nous non plus."

Robert DUN
(Extrait d'un article paru dans le N°7 de la revue écologiste L'OR VERT, décembre 1973

samedi 27 juin 2020

Paganisme et christianisme [par Alain de Benoist]

L’opposition entre chrétiens et païens ne se réduit évidemment pas au nombre des dieux. Le paganisme est d’abord une religion de la cité (les Grecs rendaient un culte à des dieux grecs). C’est ensuite une religion du kosmos et de la vie, où l’éthique et l’esthétique n’entrent jamais en opposition. Le paganisme, c’est l’éthique de l’honneur, pas la morale du péché. C’est la condamnation de la démesure (hybris), le sens des limites, le refus du primat de tout ce qui n’est que matériel. Historiquement, le christianisme est un phénomène hybride, qui a dû composer dans les formes avec le paganisme sans pour autant cesser de le combattre sur le fond.

Je n’aime pas ceux qui ne croient à rien. Je crois que pour donner le meilleur de lui-même, pour parvenir à son telos, l’homme doit s’appuyer sur quelque chose qui le dépasse. Mais je ne crois à aucun arrière-monde, à aucun au-delà du monde. Je ne crois pas à la distinction théologique de l’être créé et de l’être incréé. C’est pourquoi je me sens plus chez moi en me plongeant dans les récits homériques ou dans la Chanson des Nibelungen, en pratiquant Héraclite, Aristote, Sénèque ou Marc-Aurèle, qu’en lisant saint Paul ou saint Augustin.

J’étudie les origines chrétiennes depuis plus de quarante ans. Je n’y vois rien de crédible ni d’attirant. Au christianisme, je reproche son universalisme (le «peuple de Dieu» ne se confond avec aucun peuple), qui l’empêche, quand il est laissé à lui-même, d’assumer une dimension identitaire. Je lui reproche d’avoir introduit l’individuo-universalisme dans l’espace mental européen, d’avoir vidé le monde de toute sacralité intrinsèque, d’avoir propagé une conception vectorielle, linéaire de l’histoire dont sont sortis tous les historicismes modernes, d’avoir disséminé ces «vérités chrétiennes devenues folles» (Chesterton) qui, une fois sécularisées, ont formé le socle du monde désenchanté, vidé de sens, où nous vivons aujourd’hui.

Alain de Benoist, philosophe, auteur de "Comment peut-on être païen?"



Pourquoi le Paganisme [par Jean-Claude Valla]

J’ai perdu la foi chrétienne vers l’âge de treize ans. Depuis cette époque, le dieu des chrétiens est totalement absent de mon univers mental. J’ai cessé de croire en lui parce que je ne voyais pas comment un être prétendument aussi parfait, infiniment bon et infiniment juste, aurait pu créer le monde tel que nous le connaissons. Les hommes à son image ? Quelle blague ! Les valeurs que l’Église m’avaient enseignées et que je prenais encore au sérieux m’incitaient à penser que le Créateur avait raté son coup. Mais alors qu’avait-il de plus que ses confrères de l’Olympe dont il était si jaloux ? Sa toute puissance ? L’admettre, c’était convenir de sa méchanceté et de sa perversité. En réalité, seuls des hommes tourmentés pouvaient avoir inventé un monstre pareil. Les autres dieux n’étaient pas forcément sympathiques, mais tellement plus humains ! A treize ans, évidemment, je ne poussais pas aussi loin le raisonnement, mais l’idée de péché originel me révoltait déjà parce qu’elle m’apparaissait comme l’injustice suprême, et je subodorais qu’elle n’était qu’une pirouette théologique pour tenter de camoufler cette contradiction fondamentale.

Les peuples européens se fourvoient chaque fois qu’ils veulent faire table rase du passé. Leur drame est d’avoir été christianisés et pourtant le christianisme qu’ils ont modelé tant bien que mal pour l’adapter à leur génie propre fait partie intégrante de leur héritage. Mais nous savons que cette religion étrangère a contribué à désenchanter notre mode. Elle contenait en elle tous les germes du pourrissement et voilà près d’un demi-siècle que l’Église a décidé de revenir aux miasmes originels de l’Evangile : l’égalitarisme et l’universalisme. Cette idée d’égalité universelle a fini par se laïciser dans l’idéologie des droits de l’homme. Après avoir contribué à la chute de l’Empire romain, le christianisme est en train de nous miner de l’intérieur. Et peu importe qu’il n’y ait plus grand monde à la messe, puisque le message, récupéré par des gens qui se piquent de laïcité, nous est infligé tous les jours à la télévision, dans les médias et sur les bancs de l’école !

Comment sortir de cette impasse ? Notre mission n’est pas de créer une nouvelle religion qui, en ces temps de confusion mentale, risquerait de n’être qu’une secte parmi d’autres. Si les Européens parviennent à ne pas disparaître, ils retrouveront un jour les voies du sacré. En attendant, c’est le combat pour la survie qui doit mobiliser toutes nos énergies, combat qu’il faut mener avec des idées claires, sans se tromper d’ennemi.

Or, se dire païen est aujourd’hui la seule façon de récuser l’égalitarisme chrétien et sa morale du péché, de substituer aux funestes notions de Bien et de Mal celles de Beau et de Laid. Le Beau et le Laid sont des notions relatives qui peuvent varier d’une culture à l’autre, mais en Europe chacun sait – ou savait – ce qu’est un beau geste, une belle action, une belle âme ou un bel ouvrage. La sagesse populaire dit qu’il n’est pas beau de mentir. Aux tricheurs, on préfère les beaux joueurs. On dira d’un vieillard qu’il a un beau regard. D’une personne laide physiquement, qu’il y chez elle une beauté intérieure. Ce qui est beau ne peut pas être mauvais. Toute l’histoire européenne est imprégnée de cette conception esthétique de la vie, indissociable du sens de l’honneur. Et ce que je reproche le plus à notre société actuelle, c’est de vouloir nous imposer le laid : le Centre Beaubourg, l’Opéra-Bastille, la peinture de Picasso et l’art moderne en général, le rap, la techno, une certaine mode, etc. Or, tout ce qui est laid est pernicieux, car toutes les horreurs que nous sommes aujourd’hui sommés d’admirer ont pour fonction de saper les valeurs et de détruire les repères sans lesquels la civilisation européenne n’aurait jamais atteint les sommets que nous lui connaissons.

Les religions de la vieille Europe étaient moins une affaire de croyance qu’un lien social nécessaire à l’homogénéité de la cité. Il ne s'agit donc pas de ressusciter les dieux de l’Antiquité – ils vivent dans notre coeur et c’est déjà beaucoup ! - mais de réaffirmer le polythéisme des valeurs à l’échelon de notre planète. Et surtout, pour les Européens que nous sommes, de fortifier la foi en nous-mêmes.

Jean-Claude VALLA – Extrait de "Païens !", Editions de la Forêt – 2001