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mercredi 21 avril 2021

BELENOS, Soleil celtique

 

Bel / Beli / Belen / Beleni ou Belenos, connu aussi sous la forme latinisée de Belenus, est une divinité solaire du panthéon celtique. Il incarne tout particulièrement les pouvoirs bienfaisants et régénérateurs du rayonnement solaire, et à ce titre, il s'agit d'un dieu guérisseur, également associé aux sources d'eau thérapeutiques.

Il a pour parèdre féminine la déesse Belisama.

Bien qu'il en soit complémentaire, il ne doit pas être confondu avec Lug / Lugh ou Lugos, autre dieu celtique à caractère solaire lui aussi, mais qui pour sa part incarne plutôt l'aspect dispensateur de lumière du Soleil, voire sa lumière elle-même.

Belenos correspond à Apollon chez les Gréco-Romains, et à Baldr / Balder / Baldur dans la tradition germano-nordique. On retrouve d'ailleurs dans le nom de ce dernier la racine indo-européenne bhel, qui signifie « brillant », « brûlant », « resplendissant », « éclatant ».

Comme son nom le suggère de manière explicite, c'est tout particulièrement Bel / Belenos que l'on honore à l'occasion de la fête celtique de Beltaine, dans la nuit du 30 avril au 1er mai, laquelle marque la fin de la partie sombre de l'année, et le passage à la saison claire.

Le grand nombre de toponymes directement hérité de son nom témoigne de l'importance passée de son culte, comme de son caractère de divinité majeure du panthéon gaulois. Ainsi, tous les toponymes de type Beaune, fort répandus dans beaucoup de régions françaises, en procèdent. Même chose pour les toponymes de type Bellenot, Belmont, Bligny (déformation de Beligny), Bel air, ainsi que pour tous les dérivés de ces noms. De façon générale, beaucoup de noms de lieux construits à partir du préfixe Bel ou Belle, voire même à partir des simples racines Be ou Bl, ont de grandes chances de conserver ainsi le souvenir de l'ancien dieu.

En forêt de Brocéliande, en Bretagne, la célèbre fontaine de Barenton, qui fut jadis une fontaine thérapeutique prisée des druides locaux pour les propriétés attribuées à son eau, est elle aussi très probablement un ancien sanctuaire forestier dédié à Bel / Belenos. Barenton serait en effet une déformation de Belenton, ancien nom du lieu forgé à partir du nom Bel et du mot nemeton, signifiant sanctuaire en langue gauloise. Bel-Nemeton : "le sanctuaire de Bel".

Au large de l'illustre Mont Saint-Michel, près d'Avranche, l'îlot inhabité de Tombelaine, "Tombe-Bélen", en garde lui aussi la trace évidente. Du reste, il est très probable -sinon certain- que le Mont lui-même, qui s'est longtemps appelé Mont-Tombe avant d'être rebaptisé, soit en fait un ancien lieu de culte de Belenos. Le culte de Bel / Belen / Belenos se célébrait souvent au sommet d'éminences naturelles, et de nombreuses collines y furent ainsi consacrées. Avec la christianisation, beaucoup furent justement re-consacrées à... l'archange Saint-Michel. En réalité, le simple fait, pour un lieu, d'être consacré à ce Saint-Michel, dont le caractère solaire est aussi très marqué, permet tout au moins de présumer fortement que ce même lieu était naguère dédié au dieu celte, ou du moins à une divinité solaire équivalente.

Hans Cany

mardi 22 septembre 2020

Mort de Balder, mort du Soleil

 


Maintes fois narré en de multiples versions, le mythe de la mort de Balder revêt une importance capitale dans la mythologie nordique, du fait notamment de sa charge symbolique comme de ses profondes implications métaphysiques.

Fils d'Odin (Wotan) et de Frigg, Balder (souvent orthographié Baldr et parfois nommé Baldur), dieu solaire à la rayonnante chevelure blonde, était le plus beau de tous les Ases. Brillant de mille feux, il incarnait tout à la fois la lumière, la jeunesse, la beauté et l'amour. Aimé de tous, tant à Midgard qu'en Asgard, il menait une existence idyllique en compagnie de son épouse Nanna, déesse lunaire incarnant la joie et la paix.

Mais un jour, une ombre inquiétante vint soudain obscurcir le mirifique tableau. Balder se mit à faire de mauvais rêves, de façon récurrente. Nuit après nuit, il endurait de sinistres cauchemars mettant en scène sa propre mort, tant et si bien qu'il en fut très éprouvé, et finit par perdre sa sérénité et son insouciance coutumières. Les autres Ases s'en inquiétèrent, et son père Odin se rendit à Niflheim, le monde glacé des ténèbres et de la mort, pour y consulter l'âme d'une prophétesse défunte. Celle-ci lui révéla alors le funeste destin de son fils.

Lorsque Odin fut de retour en Asgard et en avisa Frigg, celle-ci, en mère angoissée, voulut tout faire pour contrer le sort. Elle entreprit de parcourir le monde et de faire jurer tous les végétaux, animaux et même minéraux de la création qu'aucun d'entre eux ne causerait jamais le moindre mal à Balder. Et c'est ainsi que le dieu rayonnant à l'éternelle jeunesse devint invulnérable... ou presque.

En secret, le maléfique Loki était jaloux de l'éclat de Balder, comme de l'admiration générale  et des égards dont il faisait constamment l'objet. Maladivement envieux, il en conçut un fort ressentiment qui ne tarda pas à se muer en une malsaine volonté de nuire à celui qui, à ses yeux, l'éclipsait. Par un procédé magique, il prit l'apparence d'une femme, et alla s'entretenir avec Frigg. Ayant réussi à la mettre en confiance, celle-ci lui avoua alors qu'une seule et unique créature n'avait pas prêté serment. Il s'agissait du gui, un végétal qu'elle avait jugé inoffensif, trop jeune et trop frêle pour qu'il soit nécessaire de le faire jurer. Loki tenait ainsi l'information qu'il cherchait.

L'invulnérabilité de Balder, d'abord perçue comme une curiosité, devint vite une sorte d'attraction pour les autres dieux, qui s'amusaient à lui jeter toutes sortes d'armes et d'objets sans que cela lui causât aucun dommage. Lors d'une grande fête qui les rassemblait tous, ils ne se privèrent donc pas de lui asséner force coups d'épées,  ni de le cribler de flèches, lances et javelots de toutes natures dans l'allégresse générale, puisque rien ne parvenait à le blesser, pas même à l'égratigner. A l'émerveillement général, tout le laissait parfaitement indemne.

Mais Loki le malveillant était là. Sournoisement, il vint trouver Höd (connu aussi comme Hodr/Hoder ou Hodur), frère aveugle de Balder, et lui enjoignit de se joindre au jeu, lui proposant de l'aider. Selon les versions du mythe, Loki remit alors à Höd soit un arc et une flèche en bois de gui, soit une lance imprégnée de suc de gui, soit une simple branche de gui taillée en pointe, et guida la main de l'aveugle, afin que celui-ci puisse atteindre son frère. A l'instant même où l'arme fatale toucha Balder, celui-ci s'effondra raide mort. Le désarroi fut immense chez les dieux, à commencer par Höd, meurtrier involontaire de son frère. Quant à Nanna, elle mourut de chagrin lors de l'incinération de son époux. 

Les hommes comme les dieux se lamentèrent tant de cette tragique disparition qu'Hermod, autre frère de Balder, emprunta Sleipnir, le cheval à huit pattes de son père Odin, et chevaucha neuf nuits jusqu'à Helheim, royaume des morts, dans l'espoir de l'en faire revenir. Là-bas il vit Balder assis à la place d'honneur aux côtés de Hel, la déesse régnant sur ce sombre royaume, et il supplia cette dernière de lui permettre de ramener Balder avec lui. Hel déclara qu'elle n'accepterait qu'à une condition : que tout dans le monde, absolument tout,  créatures vivantes comme objets, pleure Balder. Si la moindre créature ou le moindre objet refusait de le faire, alors elle refuserait de le laisser partir, et le garderait auprès d'elle à jamais. Hermod revint en Asgard, et informa les dieux de la condition imposée par Hel. Ils envoyèrent alors des messagers aux quatre coins du multivers pour demander à chaque être et à chaque chose de pleurer Balder, ce que tous firent sauf une créature : la géante Thokk, qui n'était probablement autre que Loki lui-même, ayant pris cet aspect !  A cause de ce subterfuge  déloyal, Balder se vit donc contraint de rester en Helheim...

La mort de Balder, présage funeste s'il en est, marque l'entrée dans une période ténébreuse. Une phase terminale qui connaîtra son épilogue avec le Ragnarök, bataille titanesque qui verra l'anéantissement du monde et la mort des dieux eux-mêmes, en une terrible fin de cycle. Mais qui dit fin de cycle dit commencement d'un nouveau, et non fin de toute chose. Après le Ragnarök, lorsque le monde renaîtra, Balder pourra enfin sortir de Helheim... et reviendra.

Notons que le germanique Baldr/Balder/Baldur correspond de manière assez flagrante à ces autres dieux solaires que sont entre autres le celtique Bel/Belen/Belenos (dans le nom duquel on retrouve la même racine indo-européenne Bal/Bel), et le gréco-romain Apollon, dont divers mythes et prophéties évoquent également la disparition, suivie d'un grand retour annoncé. Belen est notamment censé mourir - les toponymes indiquant son lieu supposé de sépulture comme Tombelaine abondent - avant de renaître, tout comme le retour d'Apollon est attendu avec ferveur. Une concordance des traditions qui, à l'instar de beaucoup d'autres, témoigne de l'unité fondamentale d'un monde européen multimillénaire, celui des fils de Thulé.

Ajoutons enfin qu'au delà de sa dimension eschatologique, en tant qu'élément déclencheur d'un processus conduisant inéluctablement au Ragnarök - non pas fin du monde, mais fin de cycle cosmique - , ce mythe de la mort de Balder peut aussi s'interpréter comme une autre allégorie : celle de la mort du Soleil au moment de l'équinoxe d'automne, porte d'entrée de la saison sombre. Et inversement, son retour d'Helheim s'interprète alors comme la renaissance cyclique du Soleil à l'arrivée du printemps. Le mythe germano-nordique s'apparente alors au mythe gréco-romain de l'enlèvement de Perséphone/Proserpine par Hadès/Pluton à l'équinoxe d'automne, et de sa remontée des enfers au printemps. La mort de Balder, puis sa renaissance, symbolisent avant tout celles du Soleil, dans le grand cycle cosmique comme dans le petit cycle annuel.

Hans CANY







dimanche 20 septembre 2020

Equinoxe d'automne : Du chagrin de Cérès à la mort de l'été

 

Evelyn de Morgan - Demeter Mourning for Persephone, 1906

L'Equinoxe d'Automne s'inscrit dans la mythologie gréco-romaine au travers d'un mythe célèbre mettant en scène Hadès (grec) / Pluton (romain), Déméter (grecque) / Cérès (romaine), et la fille de cette dernière Perséphone (grecque) / Proserpine (romaine). De façon métaphorique, celui-ci symbolise le passage à l'automne puis à l'hiver, en l'expliquant ainsi :

C'est en ce jour de la fin de l'été que le dieu du royaume des morts, Hadès (Pluton), aperçut Perséphone (Proserpine) cueillant des fleurs dans les champs. Il en tomba immédiatement amoureux et l'enleva pour l'amener avec lui afin qu'elle règne éternellement à ses côtés dans son royaume. Constatant la soudaine disparition de sa fille, la déesse des récoltes et de la croissance végétale, Déméter (Cérès), partit alors à sa recherche. Ne la trouvant point, son chagrin et son désespoir furent tels que les fleurs, les arbres et toutes les plantes en flétrirent, empêchant toute croissance végétale sur la terre. Apprenant finalement ce qui s'était produit, elle exigea d'Hadès qu'il lui restitue Perséphone. Mais celui-ci ne l'entendit point de cette oreille, et refusa obstinément de satisfaire la requête de la déesse éplorée. Le conflit entre les deux divinités s'envenima, et ne tarda pas à s'avérer apparemment  insoluble, chacun campant fermement sur ses positions. Zeus (Jupiter), appelé à arbitrer le litige et répondant aux supplications désespérées des humains, impuissants face à ce drame, parvint à un compromis avec Hadès pour obtenir un retour au moins partiel de Perséphone : elle passerait six mois de l'année avec Hadès dans le royaume des ténèbres, puis les six autres mois aux côtés de sa mère. Déméter, mécontente de cet arrangement, proclama en guise de représailles que, pendant ces six mois d'absence, la nature porterait le deuil de la séparation, et que rien ne pousserait plus sur la terre… jusqu'à ce que sa fille remonte enfin des enfers, marquant ainsi le retour de la saison claire.

En cette période de l'année où les feuilles des arbres commencent à jaunir, je vous souhaite, à toutes et à tous, une excellente célébration de l'Equinoxe d'Automne.

Hans CANY


L'Enlèvement de Proserpine
Sculpture de Gian Lorenzo Bernini (alias Le Bernin), 1622





mercredi 15 juillet 2020

LUG : du "Mercure gaulois" au "Wotan celtique"




LUG, ou LUGH, appelé LLEU chez les Gallois, est, avec le Dagda, le plus grand dieu du panthéon celtique irlandais. Il occupait aussi la plus haute place dans le panthéon des Celtes des Gaules, où il était honoré sous le nom continental de LUGOS (variante latinisée : LUGUS). Les nombreuses traces qu'il a laissées dans la toponymie attestent de son importance, les plus célèbres étant notamment la ville de Lyon (Lugdunum : forteresse de Lugos, et "capitale des Gaules" à l'époque gallo-romaine), ou encore Laon, Loudun, Leyde et Leipzig, qui sont tous des "Lugdunum"). Citons aussi le cas du temple dit de Mercure, au sommet du Puy de Dôme, un sanctuaire dédié à Lugos s'y trouvait originellement, qui fut par la suite aménagé en temple de Mercure-Lugus à l'époque gallo-romaine.

Les Romains l'identifièrent à leur Mercure, et de fait, Lugos / Lugus est aussi le protecteur des voyageurs. Inventeur de tous les arts, il est un dieu hors fonction, polyvalent, car il est le Multiple Artisan. Il incarne la puissance du rayonnement solaire en tant que pourvoyeur de vie et de lumière. On retrouve d'ailleurs la racine "Lu" dans le mot "lumière" français, tout comme dans le mot "luz" espagnol, voire dans le "light" anglais et le "Licht" allemand, ce qui indique clairement une origine commune, celle d'une très ancienne racine indo-européene.

Il est le porteur de lumière génératrice de vie et induisant la clarté, mais n'en incarne pas pour autant les forces curatives. La dimension guérisseuse et physiquement régénératrice de la lumière est incarnée quant à elle par une autre divinité solaire bien connue, Bel ou Belenos. Lug/Lugos, pour sa part, est la lumière personnifiée.

C'est également une divinité guerrière, qui présente de troublantes analogies avec le Wotan/Odin du panthéon germano-nordique : comme ce dernier, il est porteur d'une lance magique, est temporairement "borgne" (il ferme parfois un oeil pour accomplir certains rituels)  et est accompagné de corbeaux, animaux sacrés semblables à Huginn et Muninn qui font partie de ses attributs. Il est même généralement accompagné de deux loups, tels Geri et Freki. Les similitudes entre traditions celtique et germanique sont ici si criantes qu'il y a lieu de s'interroger au sujet d'une filiation spirituelle et culturelle.

Lug / Lugos est honoré dans le cadre d'une fête majeure du calendrier celtique, Lugnasad (ou Lughnasadh), qui se célèbre aux alentours du 1er août.

Hans Cany










dimanche 28 juin 2020

Sunna, ou le Soleil au féminin


Dans la tradition païenne germano-nordique, l'astre solaire était personnifié par une déesse nommée Sunna, ainsi que la désignent les anciennes Formules magiques de Mersebourg, découvertes en Allemagne, ou Sól, telle que la mentionne en Scandinavie le Vafþrúðnismál, troisième poème de l'Edda poétique. 

Cette figure mythologique témoigne du fait que le Soleil revêt un caractère féminin et non masculin dans la culture germanique, ce dont on retrouve aujourd'hui encore la trace en langue allemande moderne : le Soleil y est en effet de genre féminin (Die Sonne), tandis que la Lune y est de genre masculin (Der Mond).

"Sonne" conserve en outre la trace étymologique évidente du nom de Sunna, de la même façon que l'anglais "Sun", le néerlandais "zon" etc, tandis que le souvenir de sa variante scandinave Sól se retrouve entre autres dans le norvégien et le suédois modernes "sol".

Hans CANY

Lecture conseillée : LA MYTHOLOGIE CELTIQUE, par Yann Brekilien


Nos ancêtres, les Gaulois ou Celtes, possédaient un riche patrimoine de croyances religieuses, de mythes, de légendes, d'épopées et de poèmes, dont seuls quelques fragments épars nous sont parvenus. Les Celtes n'écrivaient pas : les druides le leur interdisaient. Il est cependant possible de reconstituer d'importants morceaux du puzzle celtique à partir d'un certain nombre de sources qui se recoupent et se complètent les unes les autres : les légendes populaires, les rites encore vivants dont le sens caché peut être retrouvé, les récits consignés à une époque tardive dans les monastères d'Irlande, d'Ecosse et du Pays de Galles, les romans bretons - cycle arthurien, cycle de Tristan et Iseult - et l'iconographie antique, celle des monnaies gauloises et de divers monuments gallo-romains. En puisant à toutes ces sources, Yann Brekilien expose d'une façon vivante et claire les grands thèmes de cette mythologie d'une prodigieuse richesse. Par un curieux paradoxe, les citoyens de l'Hexagone connaissent infiniment mieux les mythes grecs et latins que ceux de leurs propres ancêtres : désormais ils vont pouvoir parler en connaissance de cause de Teutatès, de Cernunnos, de Belenos, d'Esus ou d'Epona et comprendre ce qu'ils représentent.

LA MYTHOLOGIE CELTIQUE
Auteur : Yann Brekilien
Editions du Rocher
444 pages

BELENOS, Soleil celtique




Bel / Beli / Belen / Beleni ou Belenos, connu aussi sous la forme latinisée de Belenus, est une divinité solaire du panthéon celtique. Il incarne tout particulièrement les pouvoirs bienfaisants et régénérateurs du rayonnement solaire, et à ce titre, il s'agit d'un dieu guérisseur, également associé aux sources d'eau thérapeutiques.

Bien qu'il en soit complémentaire, il ne doit pas être confondu avec Lug / Lugh ou Lugos, autre dieu celtique à caractère solaire lui aussi, mais qui pour sa part incarne plutôt l'aspect dispensateur de lumière du Soleil, voire sa lumière elle-même.

Belenos correspond à Apollon chez les Gréco-Romains, et à Baldr / Balder / Baldur dans la tradition germano-nordique. On retrouve d'ailleurs dans le nom de ce dernier la racine indo-européenne bhel, qui signifie « brillant », « brûlant », « resplendissant », « éclatant ».

Comme son nom le suggère de manière explicite, c'est tout particulièrement Bel / Belenos que l'on honore à l'occasion de la fête celtique de Beltaine, dans la nuit du 30 avril au 1er mai, laquelle marque la fin de la partie sombre de l'année, et le passage à la saison claire.

Le grand nombre de toponymes directement hérité de son nom témoigne de l'importance passée de son culte, comme de son caractère de divinité majeure du panthéon gaulois. Ainsi, tous les toponymes de type Beaune, fort répandus dans beaucoup de régions françaises, en procèdent. Même chose pour les toponymes de type Bellenot, Belmont, Bligny (déformation de Beligny), Bel air, ainsi que pour tous les dérivés de ces noms. De façon générale, beaucoup de noms de lieux construits à partir du préfixe Bel ou Belle, voire même à partir des simples racines Be ou Bl, ont de grandes chances de conserver ainsi le souvenir de l'ancien dieu.

En forêt de Brocéliande, en Bretagne, la célèbre fontaine de Barenton, qui fut jadis une fontaine thérapeutique prisée des druides locaux pour les propriétés attribuées à son eau, est elle aussi très probablement un ancien sanctuaire forestier dédié à Bel / Belenos. Barenton serait en effet une déformation de Belenton, ancien nom du lieu forgé à partir du nom Bel et du mot nemeton, signifiant sanctuaire en langue gauloise. Bel-Nemeton : "le sanctuaire de Bel".

Au large de l'illustre Mont Saint-Michel, près d'Avranche, l'îlot inhabité de Tombelaine, "Tombe-Bélen", en garde lui aussi la trace évidente. Du reste, il est très probable -sinon certain- que le Mont lui-même, qui s'est longtemps appelé Mont-Tombe avant d'être rebaptisé, soit en fait un ancien lieu de culte de Belenos. Le culte de Bel / Belen / Belenos se célébrait souvent au sommet d'éminences naturelles, et de nombreuses collines y furent ainsi consacrées. Avec la christianisation, beaucoup furent justement re-consacrées à... l'archange Saint-Michel. En réalité, le simple fait, pour un lieu, d'être consacré à ce Saint-Michel, dont le caractère solaire est aussi très marqué, permet tout au moins de présumer fortement que ce même lieu était naguère dédié au dieu celte, ou du moins à une divinité solaire équivalente.

Hans CANY

Panthéon celtique : Teutatès, dieu guerrier protecteur de la tribu



Teutatès - ou Toutatis - est aussi connu par des inscriptions sous la forme « Totatus », retrouvée au sanctuaire de Beauclair, en territoire arverne. Teutatès est une forme archaïque ou une variante de Toutatis, il provient de teutã qui a évolué en touta et totã. Le sens est « père de la tribu, de la nation ». C’est le dieu protecteur d’une communauté et de son territoire, avec une connotation guerrière. C’est la même notion que l’on retrouve dans la mythologie celtique irlandaise de tuath (la tribu), avec les Tuatha Dé Danann. Teutatès peut être rapproché du Dagda, et comparé au Mars romain. Cette dernière assimilation fut pratiquée sous le Haut-Empire romain, notamment dans l’île de Bretagne où l'on connaît des inscriptions dédiées à Mars Toutatis.

Les prisonniers de guerre sont sacrifiés à Teutatès par des méthodes cruelles : noyés dans un tonneau ou dans un chaudron de bronze .

Teutatès est décrit comme un guerrier conduisant un char et armé d'une lance, d'une épée, d'un bouclier et d'un casque à cornes de Bélier. Il est lié au passage des morts dans l'au-delà, et au jugement de leurs âmes.

En 2007, l'archéologue Bernard Clémençon a découvert dans les caves du musée Bargoin de Clermont-Ferrand cinq fragments de céramique d'époque gallo-romaine, où figure l'inscription TOTATUS, ces fragments déposés au musée dans les années 1950 proviennent de fouilles effectuées à Herment, (Puy-de-Dôme) sur le site de Beauclair. Ces tessons déposés dans une caisse, n'avaient jamais été examinés complètement auparavant. Un vase découvert lui aussi à Beauclair, en 1882, par l'archéologue Ambroise Tardieu fut dessiné par ce dernier, sur le dessin on lit aussi le nom de la divinité. Ce vase, déposé au musée, a disparu depuis3.

Le celtologue Joseph Vendryes a émis l'hypothèse qu'il pourrait s’agir d’un adjectif, utilisé pour éviter de prononcer le nom du dieu, conformément au respect d'un tabou. Ce dieu n'étant pas obligatoirement le même d’une tribu à l’autre.

Compte tenu de la faiblesse des sources, il n’est guère possible d’en dire plus.