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jeudi 28 janvier 2021

Imbolc : fête de purification, annonciatrice de renouveau

 


Imbolc, de son nom gaulois Ambiuolcios,  fête celtique des lustrations, est traditionnellement célébrée les 1er et 2 février. Elle est placée en Irlande sous le patronage de la déesse-mère Brigid ou Brigit, dont le symbole d'essence solaire, dit Croix de Brigid, n'est autre qu'une variété de svastika.

Fête de purification, il s'agit de la première célébration "printanière" de l'année, puisqu'elle annonce le retour prochain du printemps et le réveil de la Nature, au sortir de sa longue dormition hivernale.

L'Eglise chrétienne, face aux traditions païennes trop vivaces pour qu'elle parvienne à les éradiquer, s'est toujours et en tous lieux efforcée de les récupérer, en les travestissant tant bien que mal. Elle s'est donc contentée de reprendre celle-ci pour en faire la veille, au 1er février, la fête d'une prétendue sainte... Brigitte.

En Gaule, la déesse Brigid/Brigit était connue sous le nom de Brigantia ("La Très Haute"), elle-même assimilée à Belisama ("La Très Brillante"). Déesse de l'aurore et de la fertilité sous son aspect de déesse-mère, dotée par ailleurs 
d'un aspect guerrier, elle est aussi associée à la poésie, à la médecine et aux arts, notamment ceux de la forge. Ceci en fait une déesse triple, flanquée de deux soeurs également nommées Brigit, et qui en symbolisent les différents aspects. Nous avons ainsi Brigit la poétesse, Brigit la forgeronne, et Brigit la guérisseuse. 

Je vous souhaite donc une chaleureuse célébration d'Imbolc / Ambiuolcios ou Candelmas, autre appellation britannique se traduisant littéralement par Chandeleur, la fête des chandelles.

Hans CANY




mardi 1 décembre 2020

YULE et Solstice d'hiver : aux origines cachées de Noël

 


JUL (ou YULE), le Solstice d'Hiver consacré à Wotan/Odin, arrive à grands pas. C'est ce Solstice d'Hiver païen qui fut naguère détourné par l'Eglise chrétienne pour en faire Noël, en le décalant simplement au 24-25 décembre, date à laquelle s'achevaient les Saturnales de la Rome antique, et où l'on célébra aussi à partir d'une certaine époque Sol Invictus, le Soleil Invaincu, de même que, plus marginalement, la naissance du Dieu Mithra, lui-même divinité solaire.

Dans les premiers siècles de l'Eglise, la Nativité fut tour à tour fixée au 6 janvier, date de l'Epiphanie grecque à Alexandrie, puis au 13 janvier, au 2 avril, au 20 avril, au 28 mars, au  21 mai, au 18 novembre... Aujourd'hui encore, certaines églises chrétiennes, notamment celles d'Orient comme celles d'Arménie et de Syrie, rejettent le dogme dominant. Ce n'est en effet que tardivement, à la fin du IIIème siècle de l'ère chrétienne, que l'on fixa la date de naissance mythique du Christ au 25 décembre, coïncidant avec la fin des Saturnales romaines, que l'Eglise s'était employée à éradiquer sans véritablement y parvenir. Comme à son habitude, elle procéda donc plutôt à une récupération en règle de la période festive, en prenant un soin tout particulier à en détourner et à en dénaturer le sens originel. L'ensemble de cette période fut dès lors désignée comme l'Avent, précédant la fête de Noël proprement dite.
 
En dépit des idées reçues, cette tradition ancestrale remonte donc bien au-delà du christianisme, et à l'origine, Noël ne constitue pas une célébration d'essence chrétienne. Les rites et festivités liés au Solstice d'Hiver, qu'ils se rattachent à l'antique  tradition romaine ou aux racines germano-nordiques de la célébration, honorent tous la renaissance progressive de la lumière et de la vie, à partir du point le plus obscur de l'année. La période du solstice d'hiver, comprise approximativement entre le 21 et le 25 décembre, est en effet celle où la nuit est la plus longue, et le jour le plus court. Il s'agit donc de célébrer le réveil annoncé de la nature et de la vie, dans le mouvement cyclique des alternances entre la mort et la vie, la rotation éternelle du cycle des saisons, symbolisée notamment par la roue solaire.
 
A vrai dire, le nom même de Noël est une altération d'autres désignations de cette fête païenne : la Neue Helle francique, autrement dit la "Nouvelle Clarté", de même que le Noio Hel gaulois et le Neo Helios grec, signifiant tous deux "Nouveau Soleil". Elle marque le début, à partir du Solstice d'Hiver, d'un lent processus de renouveau de la lumière, des forces de la vie et de la Nature endormies, le soleil commençant très progressivement à briller chaque jour un peu plus longtemps à compter de cette date. Certains auteurs, tels que le très estimable Alain de Benoist dans son ouvrage Fêter Noël, ont pour leur part proposé une autre étymologie du nom français Noël, en le faisant dériver du bas latin natalis dies, et en l'apparentant donc à l'italien Natale et au provençal Nadal, qui désignent explicitement la "Nativité". Cette théorie linguistique apparait néanmoins pour le peu hasardeuse, pour ne pas dire douteuse, et ne résiste guère à la comparaison avec celle qui fait dériver le mot à la  fois de la Neue Helle, de Noio Hel et du Neo Helios, non seulement plus séduisante mais aussi nettement plus plausible et convaincante.
 
C'est dans cette même optique de célébration de l'espoir de la renaissance que se sont popularisées via les traditions germano-nordique comme romaine les décorations à base de branches et de feuilles de houx, de sapin, ces plantes qui demeuraient toujours vertes et qui incarnaient donc le renouveau à venir. Les couronnes de l'Avent, constituées de branches vertes tressées en forme de cercle, participent de la même symbolique, représentant la plante qui reste verte associée au cercle du cycle des saisons et des renaissances, véritable forme simplifiée de la roue solaire, en l'honneur du soleil invaincu et renaissant.
 
Procède aussi bien entendu du même symbolisme païen l'arbre de Noël, tradition évidemment héritée des anciens usages germaniques et nordiques, tout comme celle de la bûche, qui se rapporte aux anciennes célébrations du Solstice d'Hiver, par rapprochement entre le feu et le soleil à renaître. Le sapin, en sus d'être toujours vert et d'incarner les principes de vie et de renaissance, s'apparente aussi à l'Irminsul des anciens Germains continentaux, ainsi qu'à l'Yggdrasil des anciens Scandinaves. Il est arbre de vie et axis mundi, axe du monde qui soutient et relie les divers plans de l'univers. Le sapin de Noël se fait ainsi image de l'arbre cosmique, et s'inscrit donc dans une représentation du sacré dont le sens échappe aujourd'hui au plus grand nombre.
 
Quant à la figure mythique du Père Noël, si chère à l'imaginaire enfantin, elle est en fait issue d'un subtil mélange entre deux personnages mythologiques : le dieu germano-nordique Wotan/Odin, et le Saint Nicolas chrétien, lui-même constituant une figure pourvoyeuse d'origine païenne. Il y a d'ailleurs plus ou moins confusion ou assimilation, chez les Anglo-Saxons, entre Saint Nicolas et le Père Noël, ce dernier étant souvent désigné sous le nom de Santa Claus (littéralement… Saint Nicolas !).
 
L'auteur Arnaud d'Apremont y associe même un troisième personnage, en l'occurrence la déesse germano-nordique Freyja, elle aussi divinité pourvoyeuse symbolisant l'abondance et la fertilité. Pour lui, le Père Noël est donc une sorte d'hybride des trois.
 
Enfin, on notera aussi cet objet symbolique qu'est la Tour de Jul (Yule), un chandelier de Noël caractéristique de la tradition païenne germano-nordique, et dont on peut voir une photo en tête du présent article. Réalisé en terre cuite, en argile ou en céramique, il comprend quatre faces ajourées ornées de coeurs, de roues solaires et de symboles runiques. On y fait se consumer deux bougies, l'une à son sommet, et l'autre à l'intérieur. Les origines de cet objet rituel remontent au Haut Moyen-Âge, et son usage était encore courant dans les campagnes allemandes et scandinaves du XIXème siècle.
 
Avec quelques jours d'avance, chers amis lecteurs et lectrices, je vous souhaite donc une excellente célébration de Yule/Noël. Le soleil et la vie vont renaître, et c'est ce renouveau cyclique que nous allons fêter, loin des excès et des outrances du consumérisme à tout crin. Que la Nouvelle Clarté vous accompagne et vous illumine sur la voie qui fut jadis suivie par vos ancêtres.
 
Hans CANY

Wotan / Odin chevauchant dans les airs son destrier à huit pattes Sleipnir,
suivi de ses deux corbeaux Hugin et Munin (Pensée et Mémoire).
Il est à l'origine de la figure moderne du Père Noël.




vendredi 30 octobre 2020

Hécate, déesse lunaire des morts et de la sorcellerie

 

HECATE


Déesse des morts, non pas comme Perséphone, l'épouse d'Hadès, mais "comme présidant aux apparitions des fantômes et aux sortilèges : c'est elle qu'évoquent les magiciens; elle est figurée tenant à la main des torches, accompagnée de juments, de chiens et de louves. Ses pouvoirs sont redoutables surtout la nuit, à la trouble lumière de la lune avec laquelle elle s'identifie. On la représente souvent comme une femme à trois corps ou bien comme trois femmes adossées à une colonne... On l'adorait particulièrement dans les carrefours où se dressait son image."(Devambez P, Dictionnaire de la civilisation grecque, 1966)

Déesse lunaire et chtonnienne, elle est liée aux cultes de la fertilité. Mais elle présente deux aspects opposés; l'un d'eux est bienveillant et bienfaisant : elle préside aux germinations et aux accouchements, elle protège les navigations maritimes; elle accorde la prospérité, l'éloquence, la victoire, les moissons et les pêches abondantes, elle guide vers la voie orphique des purifications; en revanche, un autre aspect est redoutable et infernal : elle est "la déesse des spectres et des terreurs nocturnes, des fantômes et des monstres terrifiants... Elle est la magicienne par excellence, la maîtresse en sorcellerie. On ne la conjure que par des incantations, des philtres d'amour ou de mort".
(Lavedan P, Dictionnaire illustré de la Mythologie et des antiquités grecques et romaines, 1931)

Sa légende et ses représentations à trois corps et à trois têtes se prêtent à des interprétations symboliques de différents niveaux. Déesse lunaire, elle pourrait représenter les trois phases de l'évolution lunaire (croissance, décroissance, disparition) et les trois phases correspondantes de l'évolution vitale. Déesse chtonnienne, elle relierait les trois étages du monde : les enfers, ici-bas, le ciel, et, à ce titre, serait honorée comme la déesse des carrefours; car chaque décision à prendre à un carrefour commande, non seulement une direction horizontale à la surface de la terre, mais plus profondément une direction verticale vers l'un ou l'autre des niveaux de vie choisi. Enfin, la magicienne des apparitions nocturnes symboliserait l'inconscient, où l'on voit s'agiter les fauves et les monstres : l'enfer vivant du psychisme, mais aussi réserve d'énergies à ordonner, comme le chaos s'est ordonné en cosmos sous l'influence de l'esprit.
(Dictionnaire des symboles, Chevalier J et Gheerbrant A., 1969)

mardi 13 octobre 2020

HALLOWEEN / SAMHAIN / SAMONIOS, expression de la Tradition païenne d'Europe

 

A en croire les plus virulents détracteurs d'Halloween, cette fête mercantile et d'origine états-unienne n'aurait strictement rien à faire chez nous autres, Européens sans ascendance anglo-saxonne.
Au mieux, elle se voit réduite à une dérisoire festivité enfantine au cours de laquelle des marmots grimés font du porte à porte pour quémander des bonbons, à une simple soirée déguisée sur fond d'imagerie macabre d'un goût  douteux. Au pire, on dénonce en elle une méprisable manifestation de l'impérialisme culturel yankee, voire même l'expression d'une inquiétante recrudescence de subversion satanique, dont le but caché mais évident serait d'annihiler et de remplacer "notre" traditionnelle et très chrétienne Toussaint...

Compte tenu de l'ineptie des fantasmes ambiants et de la confusion régnante, à l'intention des Hilotes et des Béotiens, et afin de rappeler à tout un chacun ce qu'il en est véritablement, il apparait important de remettre certaines pendules à l'heure.


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HALLOWEEN : qu'est-ce donc, au juste ?
Il convient en tout premier lieu de faire justice d'une certaine idée reçue.

Nonobstant un préjugé hélas fort répandu, il ne s'agit nullement d'une fête carnavalesque américaine, ni d'une mascarade commerciale de création récente.
Ce sont en réalité les migrants originaires des îles britanniques (Anglais, mais surtout Irlandais, Gallois et Ecossais) qui l'ont exportée aux USA entre le XVIIème et le XIXème siècles, et c'est donc par cette voie qu'elle nous revient aujourd'hui en Europe continentale.

Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, mais aussi pendant une bonne dizaine de jours avant et après cette date, était célébrée dans une grande partie de l'Europe une fête païenne majeure baptisée Hallowe'en dans la Tradition germano-celtique du monde anglo-saxon, et correspondant à la Samain/Samhain des Celtes. Contrairement à une croyance tenace, cette fête n'est pas non plus que l'apanage de l'Irlande et de la Grande Bretagne, puisqu'elle était également célébrée chez les Celtes continentaux et notamment en Gaule, sous le nom de Samonios.

Halloween/Sam(h)ain/Samonios, correspond originellement aux festivités qui marquaient la célébration du nouvel an celtique. Halloween est également l'héritière d'une fête équivalente dans la tradition germano-nordique, et c'est en ce sens qu'elle constitue un des nombreux points de convergence entre les deux mondes culturels et civilisationnels que sont le monde germanique d'une part, et le monde celtique d'autre part, étroitement apparentés à plus d'un titre.

Cette célébration marque le passage de la partie lumineuse du cycle des saisons à sa partie sombre, partie sombre qui inaugure donc une nouvelle année. Le passage inverse, de la partie obscure à la partie lumineuse, est célébré quant à lui dans la nuit du 30 avril au 1er mai : c'est alors la fête de Cetsamhain/Beltaine dans la Tradition celtique, ou "Nuit de Walpurgis"/Ostara dans la Tradition germanique, qui est en fait l'exacte réplique d'Halloween/Sam(h)ain/samonios, avec les mêmes implications, mais bien évidemment "inversées".

Célébration de l'entrée dans la période la plus sombre de l'année et de la mort symbolique de la Nature, Halloween/Samain, tout comme Beltaine/Walpurgis, constitue une nuit "hors du temps", peuplée de forces obscures et au cours de laquelle le monde des morts et de l'au-delà interfère avec celui des vivants. Elle est marquée par l'errance de forces impalpables, de créatures ténébreuses et inquiétantes, au premier rang desquelles les sorcier(e)s maléfiques, les spectres, les revenants, les loups-garous et autres monstres.

Elle est donc aussi la fête des morts et des esprits désincarnés, le Jour des Morts proprement dit se célébrant le 1er novembre, devenu la "Toussaint" sous l'effet de la christianisation. L'Eglise chrétienne a tenté de récupérer cette tradition païenne de la Fête des Morts en la décalant officiellement au 2 novembre, mais les gens continuent de se rendre dans les cimetières le 1er, et non le 2 novembre. Ceci illustre de façon limpide la persistance d'une tradition plurimillénaire fortement enracinée dans l'héritage ancestral européen.

 A toutes celles et tous ceux qui se soucient de rétablir le lien avec leurs véritables racines spirituelles ancestrales, je souhaite donc une excellente célébration de cette nuit exceptionnelle. Il serait infiniment regrettable de la condamner  à  l'oubli, comme de l'abandonner définitivement, vidée de son contenu véritable, aux seules récupérations profanes et commerciales. Halloween est aujourd'hui de retour sur le sol de la vieille Europe. Nous ne devons pas bouder ce grand retour d'une part importante de nous-mêmes, mais bien au contraire nous en réjouir.

Hans CANY




Pour en savoir plus à ce sujet, je vous recommande vivement la lecture

du remarquable "B.A.-BA HALLOWEEN" de Jean-Paul Ronecker
(Editions Pardès)

Une étude magistrale, captivante et fort bien documentée tout en restant accessible à tous. De surcroit, contrairement à trop d'autres, l'auteur évite l'écueil de l'irlandocentrisme réducteur et borné, et bien que signant là un ouvrage de référence, ne verse pas non plus dans l' austérité d'un essai universitaire tout aussi aride que rébarbatif, ce qui est tout à son honneur.
Vivement recommandé.


mardi 22 septembre 2020

Mort de Balder, mort du Soleil

 


Maintes fois narré en de multiples versions, le mythe de la mort de Balder revêt une importance capitale dans la mythologie nordique, du fait notamment de sa charge symbolique comme de ses profondes implications métaphysiques.

Fils d'Odin (Wotan) et de Frigg, Balder (souvent orthographié Baldr et parfois nommé Baldur), dieu solaire à la rayonnante chevelure blonde, était le plus beau de tous les Ases. Brillant de mille feux, il incarnait tout à la fois la lumière, la jeunesse, la beauté et l'amour. Aimé de tous, tant à Midgard qu'en Asgard, il menait une existence idyllique en compagnie de son épouse Nanna, déesse lunaire incarnant la joie et la paix.

Mais un jour, une ombre inquiétante vint soudain obscurcir le mirifique tableau. Balder se mit à faire de mauvais rêves, de façon récurrente. Nuit après nuit, il endurait de sinistres cauchemars mettant en scène sa propre mort, tant et si bien qu'il en fut très éprouvé, et finit par perdre sa sérénité et son insouciance coutumières. Les autres Ases s'en inquiétèrent, et son père Odin se rendit à Niflheim, le monde glacé des ténèbres et de la mort, pour y consulter l'âme d'une prophétesse défunte. Celle-ci lui révéla alors le funeste destin de son fils.

Lorsque Odin fut de retour en Asgard et en avisa Frigg, celle-ci, en mère angoissée, voulut tout faire pour contrer le sort. Elle entreprit de parcourir le monde et de faire jurer tous les végétaux, animaux et même minéraux de la création qu'aucun d'entre eux ne causerait jamais le moindre mal à Balder. Et c'est ainsi que le dieu rayonnant à l'éternelle jeunesse devint invulnérable... ou presque.

En secret, le maléfique Loki était jaloux de l'éclat de Balder, comme de l'admiration générale  et des égards dont il faisait constamment l'objet. Maladivement envieux, il en conçut un fort ressentiment qui ne tarda pas à se muer en une malsaine volonté de nuire à celui qui, à ses yeux, l'éclipsait. Par un procédé magique, il prit l'apparence d'une femme, et alla s'entretenir avec Frigg. Ayant réussi à la mettre en confiance, celle-ci lui avoua alors qu'une seule et unique créature n'avait pas prêté serment. Il s'agissait du gui, un végétal qu'elle avait jugé inoffensif, trop jeune et trop frêle pour qu'il soit nécessaire de le faire jurer. Loki tenait ainsi l'information qu'il cherchait.

L'invulnérabilité de Balder, d'abord perçue comme une curiosité, devint vite une sorte d'attraction pour les autres dieux, qui s'amusaient à lui jeter toutes sortes d'armes et d'objets sans que cela lui causât aucun dommage. Lors d'une grande fête qui les rassemblait tous, ils ne se privèrent donc pas de lui asséner force coups d'épées,  ni de le cribler de flèches, lances et javelots de toutes natures dans l'allégresse générale, puisque rien ne parvenait à le blesser, pas même à l'égratigner. A l'émerveillement général, tout le laissait parfaitement indemne.

Mais Loki le malveillant était là. Sournoisement, il vint trouver Höd (connu aussi comme Hodr/Hoder ou Hodur), frère aveugle de Balder, et lui enjoignit de se joindre au jeu, lui proposant de l'aider. Selon les versions du mythe, Loki remit alors à Höd soit un arc et une flèche en bois de gui, soit une lance imprégnée de suc de gui, soit une simple branche de gui taillée en pointe, et guida la main de l'aveugle, afin que celui-ci puisse atteindre son frère. A l'instant même où l'arme fatale toucha Balder, celui-ci s'effondra raide mort. Le désarroi fut immense chez les dieux, à commencer par Höd, meurtrier involontaire de son frère. Quant à Nanna, elle mourut de chagrin lors de l'incinération de son époux. 

Les hommes comme les dieux se lamentèrent tant de cette tragique disparition qu'Hermod, autre frère de Balder, emprunta Sleipnir, le cheval à huit pattes de son père Odin, et chevaucha neuf nuits jusqu'à Helheim, royaume des morts, dans l'espoir de l'en faire revenir. Là-bas il vit Balder assis à la place d'honneur aux côtés de Hel, la déesse régnant sur ce sombre royaume, et il supplia cette dernière de lui permettre de ramener Balder avec lui. Hel déclara qu'elle n'accepterait qu'à une condition : que tout dans le monde, absolument tout,  créatures vivantes comme objets, pleure Balder. Si la moindre créature ou le moindre objet refusait de le faire, alors elle refuserait de le laisser partir, et le garderait auprès d'elle à jamais. Hermod revint en Asgard, et informa les dieux de la condition imposée par Hel. Ils envoyèrent alors des messagers aux quatre coins du multivers pour demander à chaque être et à chaque chose de pleurer Balder, ce que tous firent sauf une créature : la géante Thokk, qui n'était probablement autre que Loki lui-même, ayant pris cet aspect !  A cause de ce subterfuge  déloyal, Balder se vit donc contraint de rester en Helheim...

La mort de Balder, présage funeste s'il en est, marque l'entrée dans une période ténébreuse. Une phase terminale qui connaîtra son épilogue avec le Ragnarök, bataille titanesque qui verra l'anéantissement du monde et la mort des dieux eux-mêmes, en une terrible fin de cycle. Mais qui dit fin de cycle dit commencement d'un nouveau, et non fin de toute chose. Après le Ragnarök, lorsque le monde renaîtra, Balder pourra enfin sortir de Helheim... et reviendra.

Notons que le germanique Baldr/Balder/Baldur correspond de manière assez flagrante à ces autres dieux solaires que sont entre autres le celtique Bel/Belen/Belenos (dans le nom duquel on retrouve la même racine indo-européenne Bal/Bel), et le gréco-romain Apollon, dont divers mythes et prophéties évoquent également la disparition, suivie d'un grand retour annoncé. Belen est notamment censé mourir - les toponymes indiquant son lieu supposé de sépulture comme Tombelaine abondent - avant de renaître, tout comme le retour d'Apollon est attendu avec ferveur. Une concordance des traditions qui, à l'instar de beaucoup d'autres, témoigne de l'unité fondamentale d'un monde européen multimillénaire, celui des fils de Thulé.

Ajoutons enfin qu'au delà de sa dimension eschatologique, en tant qu'élément déclencheur d'un processus conduisant inéluctablement au Ragnarök - non pas fin du monde, mais fin de cycle cosmique - , ce mythe de la mort de Balder peut aussi s'interpréter comme une autre allégorie : celle de la mort du Soleil au moment de l'équinoxe d'automne, porte d'entrée de la saison sombre. Et inversement, son retour d'Helheim s'interprète alors comme la renaissance cyclique du Soleil à l'arrivée du printemps. Le mythe germano-nordique s'apparente alors au mythe gréco-romain de l'enlèvement de Perséphone/Proserpine par Hadès/Pluton à l'équinoxe d'automne, et de sa remontée des enfers au printemps. La mort de Balder, puis sa renaissance, symbolisent avant tout celles du Soleil, dans le grand cycle cosmique comme dans le petit cycle annuel.

Hans CANY







dimanche 20 septembre 2020

Equinoxe d'automne : Du chagrin de Cérès à la mort de l'été

 

Evelyn de Morgan - Demeter Mourning for Persephone, 1906

L'Equinoxe d'Automne s'inscrit dans la mythologie gréco-romaine au travers d'un mythe célèbre mettant en scène Hadès (grec) / Pluton (romain), Déméter (grecque) / Cérès (romaine), et la fille de cette dernière Perséphone (grecque) / Proserpine (romaine). De façon métaphorique, celui-ci symbolise le passage à l'automne puis à l'hiver, en l'expliquant ainsi :

C'est en ce jour de la fin de l'été que le dieu du royaume des morts, Hadès (Pluton), aperçut Perséphone (Proserpine) cueillant des fleurs dans les champs. Il en tomba immédiatement amoureux et l'enleva pour l'amener avec lui afin qu'elle règne éternellement à ses côtés dans son royaume. Constatant la soudaine disparition de sa fille, la déesse des récoltes et de la croissance végétale, Déméter (Cérès), partit alors à sa recherche. Ne la trouvant point, son chagrin et son désespoir furent tels que les fleurs, les arbres et toutes les plantes en flétrirent, empêchant toute croissance végétale sur la terre. Apprenant finalement ce qui s'était produit, elle exigea d'Hadès qu'il lui restitue Perséphone. Mais celui-ci ne l'entendit point de cette oreille, et refusa obstinément de satisfaire la requête de la déesse éplorée. Le conflit entre les deux divinités s'envenima, et ne tarda pas à s'avérer apparemment  insoluble, chacun campant fermement sur ses positions. Zeus (Jupiter), appelé à arbitrer le litige et répondant aux supplications désespérées des humains, impuissants face à ce drame, parvint à un compromis avec Hadès pour obtenir un retour au moins partiel de Perséphone : elle passerait six mois de l'année avec Hadès dans le royaume des ténèbres, puis les six autres mois aux côtés de sa mère. Déméter, mécontente de cet arrangement, proclama en guise de représailles que, pendant ces six mois d'absence, la nature porterait le deuil de la séparation, et que rien ne pousserait plus sur la terre… jusqu'à ce que sa fille remonte enfin des enfers, marquant ainsi le retour de la saison claire.

En cette période de l'année où les feuilles des arbres commencent à jaunir, je vous souhaite, à toutes et à tous, une excellente célébration de l'Equinoxe d'Automne.

Hans CANY


L'Enlèvement de Proserpine
Sculpture de Gian Lorenzo Bernini (alias Le Bernin), 1622





Charlemagne, fossoyeur de l'Europe libre

 "Ils me font rire, tous ces « Européens » qui rêvent de Charlemagne !
D'accord, c'est un beau symbole pour enterrer la petite querelle entre les Gaulois et les Teutons. Est-il Allemand ou est-il Français, cet empereur qui va régner à Aix-la-Chapelle ? Mais le couronnement de l’an 800 est une catastrophe.
Karl der Gross n’est pas l’unificateur de notre continent. C’est le fossoyeur de notre liberté. Charlemagne n’a pas relié les lambeau
x de l’ancien Empire romain. Il a fait couler un fleuve de sang entre les fils fidèles de Thulé et les renégats qu’il menait à l’assaut des libres peuples du Nord. Sa guerre contre les Frisons et les Saxons reste un crime imprescriptible. Lui aussi, il préférait « la politique ». Alors, l'alliance avec l'Eglise l'a amené à entreprendre l'inexpiable croisade. Le véritable héros de Thulé dans cette aventure, c’est son adversaire Witukind le Païen. L’Eglise parle pudiquement de la conversion des Saxons. Un baptême dans le sang ! Il ne faudra jamais oublier ce qui s’est passé à Verden en 782."

(Jean Mabire, citation extraite de son ouvrage Thulé, le Soleil retrouvé des Hyperboréens)


Destruction de l'arbre sacré Irminsul
sur  ordre de Charlemagne, en l'an 772
de l'ère vulgaire.
(Gravure de Heinrich Leutemann, 1882)

mercredi 5 août 2020

Verden an der Aller, un grand symbole [par Robert DUN]




Charlemagne, empereur mythisé, n'a jamais dominé simultanément la totalité de l'empire qui lui fut attribué. Il eut à combattre alternativement les Lombards, les Saxons, les Basques et à la fin de son règne, les Vikings venaient le narguer jusque sous les murs de son palais à Aix-la-Chapelle.

Mais les plus coriaces de ses adversaires furent assurément les Saxons.


La croisade de la croix

Au solstice d'été 772, les Francs attaquèrent par surprise le grand temple des Externsteine près de Padeborn et de Horn. Cet acte constituait là une double félonie, impensable pour un esprit saxon, emprunt de droiture et d'honneur : l'attaque surprise. La loi Germanique exigeait que l'on prévienne l'adversaire du lieu et du moment de l'attaque. De plus, le viol d'un sanctuaire était encore moins imaginable pour un païen germain.
Naturellement, les Saxons désarmés furent écrasés.

Mais les Francs christianisés n'en restèrent pas là. Ils détruisirent tous les symboles sacrés et firent éclater le dôme de l'observatoire en engageant des poutres dans des entailles et en les mouillant ensuite pour faire éclater la roche (le nom Externsteine est la déformation de Eckensternensteine, pierres des étoiles d'angles).

En 774, par les capitulaires de Paderborn, Charlemagne interdit sous peine de mort tous les cultes païens et même les coutumes traditionnelles associées, y compris la consommation de la viande de cheval. La peine de mort fut également décidée pour tous ceux qui participeraient aux rassemblements du Thing ou qui refuseraient le baptême chrétien. Le génocide culturel était parfait.

La révolte fut générale et les Francs eurent beau brûler des centaines de villages, massacrant tous les habitants sans considération d'âge, ni de sexe, ils perdirent néanmoins une importante bataille le long de la Süntel au cours de laquelle le maréchal Geilo fut tué. Aussi, la colère de Charlemagne devint démentielle.


Un génocide de droit divin

En 782, sur les conseils du moine Eginhard qui pensait non sans raison que le cœur de la résistance était religieux, il fit rassembler 4500 Godhar, prêtres et nobles païens à Verden an der Aller et leur donna comme seule alternative : le baptême chrétien ou la décapitation. Pas un ne recula.

4500 têtes tombèrent donc en lieu qui a conservé son nom de Blutbecken (bassin de sang). Une croix insultante de 4m de hauteur s'y élève aujourd'hui. Les chrétiens seraient bien en peine d'évoquer un exemple d'une telle ampleur dans leurs rangs.

Sous le régime hitlérien, la SS y installa une école de cavalerie et y fit dresser une double rangée de 4500 pierres commémoratives décrivant une double ellipse dont le grand axe mesure 600mètres.

Nombre de ces pierres sont aujourd'hui souillées de croix ou d'inscriptions chrétiennes. Le fanatisme chrétien n'a pas désarmé et ne désarmera jamais : une école protestante veille désormais sur les lieux et a remplacé l'école de cavalerie…

Que Verden an der Aller reste un ostensoir dans notre souvenir. Ne manquons pas une occasion de faire connaître ce lieu et de l'honorer. Mais ne laissons pas l'arbre cacher la forêt. Viols et souillures eurent aussi lieu dans toute la Germanie, toute l'Europe et dans le monde entier.

Aujourd'hui les vents de folies issus du Sinaï reprennent de l'ardeur. Regardez-les ces fondamentalistes, qu'ils soient juifs ou musulmans. Ils ont les mêmes barbes, les mêmes regards allumés de folie, les mêmes désirs de domination. Qu'ils s'exterminent entre eux à loisir !

Mais notre vigilance envers eux doit être tous azimuts et sans relâche.

Robert DUN




jeudi 30 juillet 2020

Abattages rituels et sacrifices sanglants, au degré zéro de l'élévation spirituelle

Alors que j'affiche très volontiers, au nom de la liberté de conscience la plus élémentaire, une large ouverture d'esprit en matière de spiritualité, on me demande parfois quelle est ma position au sujet de l'abattage rituel et des sacrifices animaux effectués dans le cadre de telle ou telle pratique religieuse. Par ce texte, j'entends donc apporter une réponse parfaitement claire à cette épineuse question, laquelle donne aujourd'hui lieu à de fort houleuses controverses.

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Il va sans dire que ma condamnation de ce type de "rites" barbares, d'où qu'ils viennent, est absolument sans appel, et ce quelle que soit la religion dont se réclament ceux qui s'y adonnent, fussent-ils musulmans, juifs, païens ou de quelque autre confession que ce soit. Ces crimes abjects doivent être partout abolis. Je suis et resterai toujours absolument intraitable sur ce point. Je précise d'emblée que cette condamnation de principe s'applique non seulement à l'abattage "rituel" des animaux dits "de boucherie", acte ignoble entre tous, mais aussi aux divers sacrifices sanglants effectués à l'occasion de quelconques cérémonies.

Au risque assumé de m'attirer l'ire de ceux qui, de plus ou moins bonne foi, approuvent ou tolèrent de semblables agissements au nom d'une prétendue défense de la diversité ou de la liberté de culte, j'oserai même ajouter sans le moindre complexe qu'à mes yeux, la pratique du sacrifice animal ou humain relève de surcroit d'une conception spirituelle de très bas étage, qui confine à la superstition et à la bêtise pure et simple.

Bien sûr, le principe de l'acte repose sur une notion simpliste qu'il est pour le moins aisé de décrypter. Il s'agit tout bonnement de renvoyer le souffle de vie ou l'âme de la victime sacrificielle vers la source créatrice dont il ou elle est issu(e), dans l'espoir de susciter l'attention de la divinité et de s'attirer ses bonnes grâces. Il n'en demeure pas moins que ce raisonnement puéril et d'une naïveté confondante, aussi amoral soit-il, ne fait en réalité que servir de prétexte et de couverture à la commission de ce qu'il convient objectivement de désigner pour ce qu'ils sont : des meurtres.

Au nom de quoi Dieu -ou une quelconque autre entité divine-, pourvoyeur de vie et parfois même "tout Amour", pourrait-Il être ravi que l'on ôte ainsi la vie et/ou l'âme qu'Il est censé avoir insufflé à l'une de Ses créatures, et qu'on la lui renvoie par le truchement d'un acte violent et anti-naturel ? C'est fondamentalement absurde et philosophiquement immoral, plutôt qu'amoral. Et ce, d'autant plus si la victime du sacrifice n'est pas consentante !

Chez de nombreux païens de toutes traditions, y compris chez la grande majorité des adeptes de l'hindouisme, les sacrifices ont depuis longtemps pris la forme d'offrandes végétales et de nourriture. Faudrait-il donc déplorer cette évolution liturgique ? Assurément non, bien au contraire.

Du point de vue qui est le mien, les musulmans ou juifs qui égorgent des moutons, comme les simili païens qui, à notre époque, s'adonnent ou voudraient s'adonner à des pratiques anachroniques du même ordre, ne sont que de fieffés spécimens d'imbéciles conditionnés qui se rendent coupables, de façon plus ou moins consciente, de crimes.

Tous les peuples, toutes les cultures et toutes les religions ont, à un moment ou l'autre de leur existence, pratiqué le sacrifice humain et/ou animal. Mais arrive toujours un moment où il faut savoir faire preuve de discernement, en opérant une distinction entre ce qui est essentiel et conserve une valeur intemporelle d'une part, et ce qui porte clairement la marque de son temps et des moeurs qui y sont liées d'autre part. L'ancienneté -toute relative- d'une pratique n'est en aucun cas le gage de sa légitimité ni de sa moralité, tant s'en faut.

Le divin ne se trouve pas hors de nous, mais en nous. Il est non seulement le souffle de vie, mais aussi l'esprit, et ce que nous nommons quasi-instinctivement l'âme, sans même parfois pouvoir définir précisément cette dernière. L'esprit et l'âme appartiennent à tout ce qui peut penser, à des degrés divers. Mais le souffle de vie, lui aussi parcelle du divin, réside en tout ce qui vit. Même en ce qui ne peut ni penser ni souffrir au sens animal du terme. Ce sont l'esprit et l'âme qui permettent de percevoir les sensations physiques et mentales : la douleur, la souffrance, le bien-être et les émotions, heureuses ou non.

Tous les animaux, même les plus "primitifs" et les plus "insignifiants", sont au moins pourvus d'un esprit et d'une conscience perceptive, lesquels en font des êtres sensibles, capables de se mouvoir et d'agir en fonction de leurs besoins, d'adapter leur comportement en fonction des circonstances, de ressentir la douleur ou le bien-être, la peine ou la joie, la peur ou la quiétude, en percevant ces sensations basiques exactement de la même manière que le font les êtres humains. L'espèce humaine, du reste, ne fait jamais que relever du règne animal, exactement au même titre que tant d'autres espèces qu'elle tend à qualifier, de façon bien présomptueuse, d' "inférieures".

C'est donc pourquoi, à mon sens, toute conception spirituelle un tant soit peu élaborée se doit non seulement de tenir compte de toute vie, mais aussi et surtout de toute vie sensible, à sa juste valeur. Tout ce qui va dans le sens d'une évolution positive et d'une véritable élévation des consciences ne peut que rejeter catégoriquement ce qui devrait apparaître aux yeux de tous comme des pratiques odieuses issues d'autres temps, et dont la seule évocation ne peut qu'inspirer le plus profond dégoût.

Hans CANY


mercredi 15 juillet 2020

LUG : du "Mercure gaulois" au "Wotan celtique"




LUG, ou LUGH, appelé LLEU chez les Gallois, est, avec le Dagda, le plus grand dieu du panthéon celtique irlandais. Il occupait aussi la plus haute place dans le panthéon des Celtes des Gaules, où il était honoré sous le nom continental de LUGOS (variante latinisée : LUGUS). Les nombreuses traces qu'il a laissées dans la toponymie attestent de son importance, les plus célèbres étant notamment la ville de Lyon (Lugdunum : forteresse de Lugos, et "capitale des Gaules" à l'époque gallo-romaine), ou encore Laon, Loudun, Leyde et Leipzig, qui sont tous des "Lugdunum"). Citons aussi le cas du temple dit de Mercure, au sommet du Puy de Dôme, un sanctuaire dédié à Lugos s'y trouvait originellement, qui fut par la suite aménagé en temple de Mercure-Lugus à l'époque gallo-romaine.

Les Romains l'identifièrent à leur Mercure, et de fait, Lugos / Lugus est aussi le protecteur des voyageurs. Inventeur de tous les arts, il est un dieu hors fonction, polyvalent, car il est le Multiple Artisan. Il incarne la puissance du rayonnement solaire en tant que pourvoyeur de vie et de lumière. On retrouve d'ailleurs la racine "Lu" dans le mot "lumière" français, tout comme dans le mot "luz" espagnol, voire dans le "light" anglais et le "Licht" allemand, ce qui indique clairement une origine commune, celle d'une très ancienne racine indo-européene.

Il est le porteur de lumière génératrice de vie et induisant la clarté, mais n'en incarne pas pour autant les forces curatives. La dimension guérisseuse et physiquement régénératrice de la lumière est incarnée quant à elle par une autre divinité solaire bien connue, Bel ou Belenos. Lug/Lugos, pour sa part, est la lumière personnifiée.

C'est également une divinité guerrière, qui présente de troublantes analogies avec le Wotan/Odin du panthéon germano-nordique : comme ce dernier, il est porteur d'une lance magique, est temporairement "borgne" (il ferme parfois un oeil pour accomplir certains rituels)  et est accompagné de corbeaux, animaux sacrés semblables à Huginn et Muninn qui font partie de ses attributs. Il est même généralement accompagné de deux loups, tels Geri et Freki. Les similitudes entre traditions celtique et germanique sont ici si criantes qu'il y a lieu de s'interroger au sujet d'une filiation spirituelle et culturelle.

Lug / Lugos est honoré dans le cadre d'une fête majeure du calendrier celtique, Lugnasad (ou Lughnasadh), qui se célèbre aux alentours du 1er août.

Hans Cany










jeudi 9 juillet 2020

Construire le Halgadom

" Halgadom, cela veut dire mot à mot : la cathédrale sacrée. [...] Ce temple du Halgadom est à la fois spirituel et matériel . Il appartient à la terre et au ciel, au passé et à l'avenir. C'est le correspondant hyperboréen de l'Arche d'alliance du peuple israélite. C'est le royaume terrestre où va renaître l'esprit de Thulé. [...] C'est l'Empire de tous les Germains. Ceux qui vivent entre le Rhin et la Vistule, entre la Baltique et les Alpes, ne forment que le coeur d'un immense territoire où se trouvent d'autres héritiers de l'antique Thulé.
À cet Halgadom appartiennent non seulement les Allemands, mais aussi bien d'autres Européens : les Scandinaves fidèles à leurs origines nordiques, les Néerlandais, bien plus germains encore que les Allemands, les Britanniques partagés entre Celtes et Saxons, les Français héritiers des Francs et régénérés par les Normands ou les Burgondes, les Italiens qui charrient dans leurs veines le sang des Lombards, les Espagnols qui portent encore tant d'empreintes des Wisigoths. Et aussi les Russes, dont la patrie fut fondée par les Varègues suédois, ces Vikings des fleuves et des steppes. "

Jean MABIRE
Thulé : le Soleil retrouvé des Hyperboréens

mercredi 8 juillet 2020

Des runes et des Francs



On a longtemps cru que les Francs, avant leur intégration au monde romanisé, ignoraient l'écriture. Or, la découverte d'une inscription runique gravée sur le cadre métallique d'un fourreau d'épée, effectuée en 1996 e.v. dans un champ à Bergakker, aux Pays-Bas, est venue balayer cette croyance erronée. Cette inscription en langue franque (francique, ou vieux-francique), datée d'environ 425-450 e.v. correspond, à une rune près, à l'ancien Futhark.

Le philologue Bernard Mees en donne la lecture suivante : haþuþȳwas ann kusjam logūns, ce qui d'après son interprétation correspond au néerlandais moderne : « (van) Haþuþȳw. Ik(hij?) gun(t) een vlam (zwaard) aan de uitverkorenen », ce qui pourrait signifier: "de la part de Hathuthuuw. Je souhaite cette épée à l'élu????" ("Que cette épée, qui appartient à moi Hathuthuuw, transperce celui dont ce sera le destin ????"); il admet toutefois que le sens d'un certain nombre de caractères n'est pas très clair. Il souligne ensuite que la forme des mots présente toutes les caractéristiques qui correspondent à ce qui devait être le vieux-francique, avec sa branche occidentale le Vieux néerlandais.

On pouvait auparavant se demander si ce peuple germanique qu'étaient les Francs utilisait - ou même connaissait simplement - les runes.
Il semble bien que cette question ait enfin trouvé sa réponse...

Hans CANY